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« Construisons un modèle de consommation qui serve notre production »

 

Convaincu que « la croissance ne reviendra pas d’elle-même », Robert Rochefort a proposé de « mettre en place une consommation vertueuse » qui soutienne l’emploi, jeudi sur Europe 1.

À la récession et à la baisse du pouvoir d’achat, Robert Rochefort ajoute « les 35.000 personnes qui arrivent chaque mois au chômage et les 80.000 personnes dont on ne parle pas, qui sont en fin de droits et se retrouvent sans aucune ressource ou avec le RSA ».

« Cela fait trente ans que je lis assidument les publications de l’INSEE. C’est une administration sérieuse, indépendante, qui ne fait pas dans le catastrophisme. J’ai rarement vu chez elle des mots aussi graves que ceux utilisés hier. En gros, l’INSEE nous a dit que la France est complètement arrêtée, qu’il n’y a plus d’investissements, que la consommation est en berne, que les exportations sont en recul, la construction de logements n’en parlons même pas », déplore l’ancien dirigeant du Crédoc.

Face à ces indicateurs alarmants, « si on dit que le plus gros de la crise est déjà passé, on ne peut pas y arriver ». « Si on ne dit pas la vérité, on n’y arrivera pas. J’en ai marre des économistes qui nous annoncent que la croissance va revenir, qu’elle va finir par remonter, car elle serait un cycle. La croissance ne reviendra pas comme ça. Je ne crois pas à la pensée magique. La vérité, c’est que nous sommes en plein dans la crise, voire même que le plus gros de la crise est devant nous. Nous devons donc prendre les choses à l’inverse. D’abord, réaffirmer que la création de richesses se fait par les PME, par les entrepreneurs, par les gens qui ont envie de créer sur le terrain. Ensuite, mener une politique complètement mobilisée sur le fait de leur donner confiance et de supprimer les formalités administratives », détaille-t-il.

« Le hard-discount tue les emplois »

En observant les chiffres, Robert Rochefort fait un constat : « Les postes qui baissent, qui sont les postes d’élasticité les plus forts par rapport à la consommation, ce sont des postes importés. Cela veut dire que si on relançait la consommation aujourd’hui, on relancerait les importations. Il ne faut pas non plus faire ce que l’équipe de Nicolas Sarkozy avait fait dans le précédent gouvernement, c’est-à-dire relancer le pouvoir d’achat par la promotion à tous les étages du hard-discount et du low-cost. Faire cela nuit à la qualité des produits et tue encore plus d’emplois », prévient-il.

Le vice-président du Mouvement Démocrate en est convaincu : « Les citoyens ont envie de consommer différemment. C’est une envie qu’il faut prendre au sérieux, car elle est l’une des rares pistes pour vivre mieux dans un contexte difficile. Je prends un exemple simple : la mutualisation des achats, qui consiste à acheter un produit à plusieurs. Si vous achetez une perceuse ou un taille-haie avec votre voisin, vous l’achetez forcément moins cher. Du coup, vous êtes capable d’acheter un produit de meilleure qualité », souligne-t-il.

« Il est donc temps de remettre en place une consommation vertueuse avec la production, ce que nous n’avons pas fait en France depuis quinze ans », poursuit l’économiste, qui propose notamment d’encourager « les réseaux locaux », « d’acheter à des producteurs près de chez soi » et de « mieux indiquer les produits Made in France pour permettre aux consommateurs de les acheter ». « Ce genre de choses, ça fait aussi partie d’une reconquête de l’emploi, alors que nous n’avons pas la possibilité demain d’avoir une croissance à 2% », juge-t-il.

« L’Europe doit cesser de considérer que la seule règle, c’est la concurrence »

Robert Rochefort acquiesce « lorsqu’on dit que la crise est en Europe ». « Mais cet argument ne doit pas être une façon de se dédouaner et de dire qu’il n’y a pas des choses à faire chez nous. Il y a des choses à faire fondamentalement chez nous », estime-t-il. Notre pays « doit faire des réformes de structures, comme les retraites et la flexibilité du travail. Il faut que tout le monde innove. L’entrepreneur doit innover, mais l’État et les politiques innovent aussi ! Il faut que la dépense publique ne soit plus stérile mais qu’elle soit encourageante. Il faut que l’État agisse beaucoup plus en faveur de l’investissement, plutôt qu’à dépenser l’argent avec des frais de fonctionnement qui ne servent à rien », pointe le parlementaire.

Enfin, « il faut que l’Europe change, non pas en arrêtant ce que certains appellent l’austérité, mais en cessant de considérer que la seule règle, c’est la concurrence à l’intérieur d’elle-même. Elle passe son temps à se tirer des balles dans le pied à cet égard. M. Barroso a tort lorsqu’il nous demande de déréglementer encore un certain nombre de secteurs comme l’énergie et les transports. Pour que l’Europe soit forte demain, et pour qu’elle reprenne sa place dans les grandes puissances mondiales, il faut par exemple qu’entre l’Allemagne et la France, nous soyons en coopération », souhaite Robert Rochefort. Un exemple : « On se satisfait que Siemens en Allemagne et Alstom en France soient concurrents, car cela fait baisser les prix. Alors qu’il faudrait, au contraire, qu’ils s’allient pour fabriquer les TGV de l’avenir, qu’ils vendront ensuite au reste du monde », défend l’eurodéputé.

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