RSS Facebook Twitter
ARENA POUR QUOI
 

UNE ARENA A ORLEANS : POUR QUOI FAIRE ? A QUEL PRIX ?

Nous avons réuni en 2011-12 un groupe de travail rassemblant les compétences nécessaires pour examiner ce projet qui comporte de nombreux aspects: techniques, économiques, financiers, sportifs, culturels, urbanistiques et environnementaux.

D’où vient l’idée d’Aréna ?

Du constat que la France était insuffisamment équipée de salles permettant d’accueillir des compétitions sportives de haut niveau, donc internationales (disciplines retenues: handball, volley, basket, gymnastique, escrime, judo, sabre). Le sport spectacle nécessite donc de nouvelles enceintes réunissant les collectivités, les partenaires privés et les clubs professionnels et gérées selon un nouveau modèle économique. Il est vrai que l’Allemagne et l’Espagne sont mieux équipées que la France, et certains font le lien entre ce retard de la France et le niveau de nos résultats sportifs.
L’idée est  aussi venue de la recherche d’une opportunité de mutualiser le coût des ouvrages en concevant une salle multifonctionnelle, donc ouverte à d’autres manifestations que sportives, en particulier culturelles, mais peut-être aussi commerciales,…
L’Aréna est donc un complexe multi-usages, présenté par ses promoteurs comme un outil de redynamisation, de rayonnement et d’attractivité d’un territoire.
Après  avoir défini cette orientation et établi un cahier des charges, l’Etat a bien envisagé de s’engager financièrement, mais on a bien vu, très vite, que l’essentiel de la charge incomberait aux villes candidates: le montant de départ, fixé à 140 millions € par le rapporteur Costantini en 2010 a été ramené à 50 millions par la Ministre des Sports, Mme Chantal Jouhanot.

Précisons 2 choses:

– M. Grouard, député-maire, siégeait au sein de la « commission grandes salles » et s’est donc impliqué pour que « la France tienne son rang en matière de compétition sportive » (rapport Costantini).

– Dans son programme municipal de 2008, il prévoyait la construction d’une grande salle à Orléans, ce qui a permis à M.Carré, son 1er Adjoint, de dire qu’il n’y avait pas lieu à concertation puisque les électeurs ont voté pour sa liste. Nous nous insurgeons contre cette assertion et considérons que la discussion préalable, notamment sur les prestations, le fonctionnement et le financement, est indispensable, surtout quand on voit la taille et les conséquences durables sur le budget communal d’un projet aussi ambitieux. Nous constatons d’ailleurs que les villes disposant d’un tel équipement ont une taille supérieure à la seule ville d’Orléans (113000 habitants).

De surcroît, M.Grouard a signé en décembre 2008 une Charte de la Participation Citoyenne qui vise la « coproduction des décisions » entre les habitants et les élus…: cette ambition de démocratie qu’il conviendrait aujourd’hui de la mettre en œuvre.
Alors, maintenant qu’il a achevé son dialogue compétitif avec les différents candidats partenaires, pourquoi ne met-il pas le projet sur la table?
Pour l’instant, le maire se contente d’investir dans la publicité (nombreux articles de presse, exposition Orléans 2025, visite médiatisée chez l’architecte parisien, ..). Comme l’a demandé la nouvelle ministre des Sports, qui a remis en cause l’aide prévue de l’Etat, il faut maintenant un projet cohérent et concerté. Il faut donc que les Orléanais assument les risques et voient toutes les conséquences possibles d’un tel projet.

1- LE PROJET :

Porté par la position-phare de notre équipe de basket (Orléans Loiret Basket) et par l’ambition de développer la ville d’Orléans, le maire a donc décidé en 2008 de relayer la volonté nationale en visant la construction d’une salle multifonctionnelle de 10.000 places, en vue d’y tenir chaque année une centaine de manifestations, soit environ 2 par semaine. Cela implique d’aller chercher la clientèle dans un large centre de la France, incluant, au moins en partie, la région Ile de France. Ces manifestations seraient donc essentiellement sportives et culturelles.
L’implantation d’un tel équipement est évidemment un choix important, car il faut pouvoir arriver, entrer et repartir dans des conditions acceptables pour les spectateurs comme pour les riverains. Certaines villes, comme Genève ou Montpellier, ont choisi de construire une Aréna à l’extérieur de la ville, près d’un aéroport et d’activités essentiellement logistiques ou commerciales: dans ce contexte, l’Aréna ouvre ses portes juste avant les manifestations et redevient un « désert » sécurisé juste après. Ici, le choix retenu en janvier 2011 est celui de l’intégration dans la ville, sur le site Famar, à la croisée de la Loire et de l’ex-nationale 20; cela pose des problèmes de transport et de concentration importants, mais peut aussi  permettre, selon ses défenseurs,  une animation  du quartier et un lieu de vie nouveau dans la ville.

2- LE COÛT  ET  SON  FINANCEMENT :

Les chiffres de base datent de 2010; il conviendra donc de les actualiser.
La Ville a déjà financé le rachat du site Famar (8,3 millions€- ME); d’autres coûts sont à prévoir sur ce site industriel, préalablement au chantier de construction et en supposant que ce soit possible (une procédure de classement du site est en cours: si le classement est retenu, le maire devra trouver une autre implantation).
L’investissement était évalué à 104 ME, non compris les coûts collatéraux: aménagement du quartier,  voirie, transports, C’est un investissement considérable qui aura des conséquences importantes sur le budget de la ville et donc sur les contribuables.

Qui va payer?

Le plan de financement est fondé sur des hypothèses d’aides publiques et sur un partenariat avec le privé (« PPP »: Partenariat Public-Privé).
Les 3 aides publiques prévues ont évolué à la baisse :

– l’Etat: le gouvernement précédent avait envisagé 20ME; le nouveau n’envisagerait pas plus de 5ME, à la condition que le projet soit cohérent et concerté (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui);

– le Conseil Général envisageait 10 à 12ME: cette subvention était conditionnée à celle de l’Etat ; depuis, la situation du Département s’est dégradée du fait de la baisse des dotations de l’Etat;

– le Conseil Régional a récemment soumis à 3 conditions une première enveloppe de 4ME (12 au départ), avec un ultimatum au 30 juin 2013.

En somme, il pourrait manquer 40% de l’estimation budgétaire initiale.

Le « partenariat public privé » signifie que le consortium retenu (Bouygues-Caisses d’Epargne-TF1) avance les fonds nécessaires pour la construction de l’ARENA et assure son exploitation commerciale. En contrepartie, le consortium demande à la Ville un loyer prélevé sur  son budget pendant 30 ans (durée à valider, car nous n’avons aucun détail du contrat). A l’issue du contrat, la commune deviendrait propriétaire des installations.

L’hypothèse du loyer a été établie sur la base des aides publiques initiales. Dans le contexte de réduction de la dépense publique lié à l’endettement du pays, ce loyer serait considérablement alourdi s’il fallait intégrer tout ou partie de ces 40% dans le PPP.

3- LES  RISQUES :

– Le contrat PPP, on l’a vu récemment sur d’autres investissements en France et à l’étranger, révèle que c’est la collectivité (et non les opérateurs privés) qui en général assume tous les risques; par exemple:
– dépassement du montant des travaux (c’est hélas classique: en  moyenne +30% pour des projets de cette ampleur,
– compensation financière du manque de spectateurs par rapport à la base contractuelle négociée (on le voit une baisse d’affluence au Zénith, du fait du prix des places) ,
– taux révisable du loyer, qui pourrait dès lors varier et augmenter fortement, jusqu’à devenir « toxique ».

– D’autres problèmes se posent :
– comment gérer en fin d’après-midi le trafic habituel et l’arrivée de 10.000 personnes ?
– le tram est éloigné du site retenu: quel cheminement pour les piétons vers les transports en commun ?
– les capacités hôtelières de l’agglo empêchent déjà des réunions nationales ou internationales à Orléans;  Est-ce que l’Aréna va suffire à inciter les investisseurs à créer des chambres supplémentaires ?
– 2 équipements existants sont loin d’être pleinement utilisés ou entretenus: le Zénith est occupé en moyenne 120 jours par an; il faut savoir que le prix que le ticket d’entrée, pour y    organiser un événement, est exorbitant et hors de portée pour le monde associatif ou pour des programmateurs de la région. Le parc des Expositions est mieux utilisé, mais ne fait pas l’objet d’investissements à la hauteur des besoins. Quel avenir, quelles conséquences pour ces équipements si l’Aréna se fait ?
– Comme on l’a évoqué plus haut, le site est exposé à une procédure de classement qui devrait déboucher prochainement. On voit, là encore, l’intérêt d’une vraie concertation avec les habitants et les corps intermédiaires: la décision de passer le l’Hippodrome au site Famar a été prise sans concertation, même avec les élus du Conseil municipal.
– Les clubs sportifs sont, sauf exception, plutôt discrets sur ce problème qui les concerne pourtant; on a l’impression qu’ils sont intéressés à la perspective d’assister à de grandes compétitions à Orléans, mais que la répartition des fonds publics pour le sport les préoccupe aussi : de quoi vivront les clubs locaux demain? Nous sommes tous attachés, en effet, à la place du » sport pour tous » dans notre société.
-Quel projet d’urbanisme autour de l’Aréna? Au-delà des propos poétiques de l’architecte parisien et de l’exposition Orléans 2025, nous ne voyons pas grand chose !
Nous savons simplement que l’Etat devrait contribuer à certains travaux dans la mesure où le projet a été reconnu d’ intérêt général par le préfet.
– Quelles conséquences aura le coût de l’Aréna sur les autre postes de dépenses de la Ville? L’Aréna répond-elle encore à un besoin prioritaire de la population?

 

En conclusion, et sans prendre le temps d’exposer les quelques  projets alternatifs défendus en local, nous pensons que la conjoncture économique complique beaucoup ce projet.
Le Président de la Cour des Comptes a, en janvier dernier, solennellement demandé aux acteurs publics de réduire la dépense publique en France.
Le moment est venu pour tous les Orléanais, en tant que citoyens et contribuables, de jouer un rôle par rapport à ce projet; les Loirétains ont aussi leur mot à dire, en tant que « clients » de leur capitale départementale.

Par un tract-pétition, nous appelons chacune et chacun à demander au maire d’Orléans l’arrêt de sa campagne publicitaire en faveur du projet, et à exiger de sa part un véritable dialogue pour entrer rapidement dans le vif du sujet : le contenu contractuel du projet, le coût complet et le financement précis tout au long de la période couverte par le PPP. Et ensuite, nous demandons un referendum d’initiative populaire.

Etude Modem du Loiret  20-3-13

Bernard Lefèvre
Président du Modem 45.

 

Partager sur
  • Partager via Facebook
  • Partager via Google
  • Partager via Twitter
  • Partager via Email
 

Poster un commentaire

 
 
 
 
 
 

1 Commentaire

Bonjour,
Tous les projets portés par un PPP font la fortune des majors du BTP comme l’on était dans le temps les célébres METP. Ce type de contrat augmente le prix de revient dans des proportions énormes et lie l’acheteur pour des durées de 30 ans. La fiscalité et l’endettement local sont différents de l’invertissement traditionnel. Il faut avoir des chiffres réels et comptables pour connaitre le cout final de la plaisanterie.
La ville d’Orléans a-t-elle vraiment besoin un tel équipement? Il faut voir effectivement le mouvement de personne et de véhicules les soirs de manifestations! C’est déjà la cata au palais des sports actuel ! Sur le site FAMAR aucun parking.

Par LEFORT PHILIPPE, le 27 mars, 2013