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« La Finlande a su garder ses seniors au travail »

Helsinki a augmenté le taux d’emploi de ses employés les plus âgés de
61% en près de 15 ans, grâce à des programmes ciblés.

article de Olivier TRUC, Le Temps.ch

La Finlande est le pays d’Europe où le déséquilibre démographique frappera le plus tôt. Dans les vingt
ans à venir, ce pays nordique de 5,3 millions d’habitants aura le taux de personnes âgées le plus élevé
de l’Union européenne (UE). «En 2010, nous voyons pour la première fois plus de gens qui quittent le
marché du travail que de gens qui y entrent. C’est un tournant historique», note Tomi Hussi, chercheur
spécialiste en organisation du travail à TTL, l’Institut finlandais de médecine du travail. Mais c’est aussi
le pays qui, ces dernières années, a vu le taux d’emploi des seniors croître le plus rapidement. Alors
que la Finlande était, à la fin des années 1990, dans la moyenne des pays de l’UE avec un taux
d’emploi des personnes âgées de 55 à 64 ans de 36%, ce taux s’élevait à 53% en 2005, quand la
moyenne européenne atteignait 43%.
Les deux dernières années de récession ont laissé leur marque, puisque le taux d’emploi des seniors a
reculé de 2%, même s’il a continué d’augmenter chez les femmes, moins employées que les hommes
dans les industries très dépendantes des exportations. Mais le succès est indiscutable. Il a été obtenu
en travaillant sur deux fronts «d’égale importance, précise Hannu Uusitalo, directeur de l’Agence des
retraites: la réforme des retraites et la promotion de la qualité de vie au travail. Sur la retraite, nous
avons utilisé la méthode de la carotte et du bâton.»

Salaire amputé
Dès 1994, l’âge de la préretraite avait été progressivement augmenté de 55 à 58 ans, les retraites du
public ont commencé à être ajustées à la baisse pour s’aligner sur celles du privé. La réforme la plus
importante fut adoptée en 2005. Au lieu d’augmenter l’âge de la retraite, comme le font la plupart des
pays, la Finlande a choisi la flexibilité, permettant aux actifs de prendre leur retraite entre 63 et 68
ans.
L’âge de la préretraite a encore été relevé à 62 ans et le taux des pensions a été affecté. En arrêtant à
62 au lieu de 63 ans, la retraite est amputée de 7,2% du salaire. Le salaire est en revanche majoré de
4,5% si la personne poursuit son activité à 63 ans. Salaire majoré de 4,5% par an pour chaque année
supplémentaire travaillée jusqu’à 68 ans. Ainsi ceux qui choisissent de travailler jusqu’à 68 ans voient
leur retraite valorisée de 23% par rapport à 63 ans. «Beaucoup de gens ont continué à travailler à cause
de ces encouragements financiers», note Hannu Uusitalo.
Mais avant de se lancer dans ces réformes, les Finlandais ont passé quinze ans à faire des recherches
non pas tant dans le domaine de la démographie ou de l’équilibre économique du système que sur le
bien-être des employés seniors.
Initiée par Keva, la compagnie qui gère les retraites des employés municipaux, une enquête a été
confiée à l’Institut de médecine du travail. «C’est de ses résultats, assortis de propositions, que les
politiciens se sont réveillés», raconte Juhani Ilmarinen, aujourd’hui consultant, ancien professeur à
l’Institut de la médecine du travail d’Helsinki, considéré comme le père du programme pour les
travailleurs âgés, appliqué dans tout le pays entre 1998 et 2002, et qui est à l’origine des bons
résultats enregistrés en Finlande. Une quarantaine de projets furent identifiés par les chercheurs,
impliquant simultanément les Ministères des affaires sociales, du travail et de la formation.

L’un des principaux projets était un cycle de formation des dirigeants d’entreprise, afin de leur faire
comprendre la nécessité de changer d’attitude par rapport au vieillissement. Pendant près de cinq ans,
700 dirigeants d’entreprise ont été formés, ainsi qu’une centaine de consultants qui ont continué le
travail par la suite.
Un autre projet consistait à améliorer les compétences des travailleurs seniors, mais aussi à redéfinir
leur poste de travail et leur fonction. Un point essentiel a été le travail envers les médias, qui ont été
abreuvés de données diverses pendant des années. «Une des clés du succès», estime Juhani Ilmarinen.

Bien-être au bureau
«Il existe maintenant un très bon marché du travail pour les seniors qui ont une bonne formation
universitaire, sont experts dans leur domaine et sont, en général, en bonne condition physique»,
constate Guy Ahonen, chercheur à l’Institut de médecine du travail. «Les programmes du
gouvernement ont eu du succès dans cette catégorie: c’est celle qui reste le plus longtemps sur le
marché du travail.»
Selon un rapport publié par le cabinet de conseil en gestion des ressources humaines Excenta sur les
stratégies de bien-être en Finlande publié cette année, le levier le plus utilisé par les entreprises est
l’amélioration des conditions de travail, suivi par la formation de l’encadrement intermédiaire, avant
celle de la direction. Suivent le développement des compétences et l’adaptation des horaires de travail.
La mesure la moins utilisée est celle des congés supplémentaires.
Des entreprises comme Abloy, leader mondial des systèmes de fermeture de portes, sont
régulièrement citées en exemple. Abloy a mis en place en 2001 un programme Age Masters, dont
l’objectif est de prolonger la durée de travail de ses employés de deux ans et de baisser l’absentéisme
de 1% par an. Age Masters comprend des conférences, des tests de fitness, des expositions
artistiques, des Chèques-Vacances, etc., à partir de 58 ans. Objectif atteint, puisque, depuis 2001, les
seniors restent trois ans de plus en poste. 40% des sociétés finlandaises ont aujourd’hui mis en place
un programme de ce type.
La Finlande estime que les réformes récentes permettront des économies équivalentes à près de 5% du
PIB d’ici à 2030. Les défis démographiques sont toutefois tels que la part des retraites dans le PIB
augmentera tout de même, pour atteindre 15% en 2030, contre 11% actuellement. Aussi les Finlandais
ont-ils lancé une seconde phase de leur programme, qui met cette fois l’accent sur le bien-être au
travail tout au long de la carrière.

Juhani Ilmarinen juge sévèrement la politique menée en France. «Il faut d’abord développer
l’environnement du travail de telle sorte que les gens soient motivés pour travailler. Une fois que ces
conditions sont réunies, alors on peut demander aux gens de partir à la retraite plus tard. Je n’ai rien
vu de tel en France, alors que c’est crucial. La France augmente d’abord l’âge des retraites, mais ne
fait rien pour aider les gens à rester au travail. Le problème est que cela prend du temps.»

source : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/84a8a1f6-dd53-11df-8de7-92ad7282a89e|2#.UT5RbFfw-6V

 

 

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