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« La France doit peser dans l’Europe et non pas simplement s’adosser à l’Allemagne ! »

Marielle de Sarnez a appelé, vendredi 2 décembre, à ce que la France  » retrouve une parole forte en Europe, en faveur d’une construction communautaire « , alors que Nicolas Sarkozy semble s’être aligné sur les positions de la chancelière allemande.
Avez-vous trouvé, comme d’autres commentateurs, que Nicolas Sarkozy a  » avalé son chapeau  » quant à ce que lui avait demandé Angela Merkel, lors de son discours prononcé à Toulon ?
Marielle de Sarnez – Oui et ça ne me fait pas plaisir. Je suis de ceux et de celles qui pensent que l’Europe est notre horizon, mais que la France doit dire quelque chose. Il y a un message français à dire à l’Europe. Ce message français n’existe plus, et je le regrette. Je pense que nous avons de nombreux pays au sein de l’Union européenne, qui pourraient entendre un message de la France, qui demande au fond, d’un coté du sérieux, de l’autre de la solidarité, quelque chose d’assez basique. Je regrette cette absence de la France. Je trouve que tout ceci apporte plutôt du cafouillage et montre qu’il y a des divergences importantes entre la France et l’Allemagne, au moment ou nous aurions besoin d’une Europe unie, cohérente, avec un seul message. Car c’est comme ça qu’on répond aux marchés financiers : en étant fort politiquement et en ayant une pensée cohérente et commune. Nous avons au contraire une remise en cause de ce que j’appelle l’acquis communautaire et une position d’Angela Merkel très isolée, uniquement sur la rigueur budgétaire, alors que c’est une vision d’ensemble qu’il faudrait avoir.

On a finalement l’impression, en entendant parler Nicolas Sarkozy hier que l’Europe c’est uniquement Berlin et Paris…
Mais ça ne peut pas marcher comme ça ! Quand ça dysfonctionne comme cela, il n’y a pas d’Europe. Quand il n’y a pas d’Europe, qu’est ce qui se passe ? Ce sont les marchés qui décident. Quand il n’y a pas la solidarité européenne, par exemple pour les Etats-membres qui sont en difficulté avec obligation de mener les réformes structurelles nécessaires, et bien ce sont les marchés qui l’emportent. Je suis pour que la France retrouve, le plus rapidement possible, un message, pour que l’Europe retrouve ses fondamentaux.

Pensez-vous que la France peut se passer de l’Allemagne, ou est-ce trop tard, a-t-on trop besoin d’eux ?
Personne ne peut se passer de personne, mais cela ne veux pas dire qu’il faut penser les réponses à la crise de façon non inspirée. Je pense qu’Angela Merkel a au moins le mérite d’avoir une position, de dire « rigueur, rigueur, rigueur ». Moi je dis « rigueur et solidarité »,  » solidarité et rigueur ». Et comme ça les peuples comprennent que si on fait l’effort de mener des réformes structurelles, à ce moment là on a la solidarité européenne. Ceci me semble assez simple, et c’est la position qu’aurait dû défendre la France, et ce depuis deux ans, c’est-à-dire depuis le début de la crise. Au lieu de ça, on s’enferme dans un tête-à-tête, où on ne défend plus de position française, où l’on se met à dos, ou l’on s’aliène même l’ensemble des autres Etats membres. Ce n’est pas la réponse à la crise que j’attendais

Êtes vous pessimiste quant à l’avenir de l’Europe ?
Je ne suis pas pessimiste, dans le sens ou j’espère que les semaines et les mois qui viennent permettront de revenir au fondamentaux qui ont fait l’Union européenne. Angela Merkel ne veut pas de cette solidarité européenne, mais nous y serons obligés. Elle dira sûrement oui trop tard, on aura perdu du temps, de l’énergie, de la crédibilité, tandis que le président de la République française a oublié le message européen français. La France doit peser dans l’Europe et pas simplement se contenter de s’adosser à l’Allemagne. Elle doit peser en tant que telle, porter un message qui la dépasse et qui fasse que des alliés objectifs en Europe puissent rencontrer et soutenir ce message. Ce sont des occasions loupées, or en situation de crise, il appartient aux dirigeants de ne pas se tromper, de fixer la bonne direction, d’avoir une pensée cohérente. Ceci n’est pas au rendez-vous pour le moment.

Alain Juppé tout à l’heure disait « Il ne faut pas céder au vieux démons de Germanophobie ». Qu’en pensez-vous ?
Il a raison ! Mais on peut regarder les choses avec les yeux ouverts. On a fait l’Union européenne, pas pour qu’il y ait un pays qui décide pour les autres. On a fait l’Union européenne parce qu’on croyait en une communauté de valeurs et parce qu’on savait que l’ensemble de ses peuples avaient droit à la parole pour définir une position européenne. Il faut donc revenir à l’Europe communautaire. Nicolas Sarkozy se trompe en disant « On finit avec l’Europe communautaire, on va dans l’intergouvernemental ». Il se trompe parce que ce n’est pas l’inspiration première de la France et de l’Europe. Il se trompe parce que ce n’est pas efficace. Au fond, on arrive même pas à avoir une convergence avec l’Allemagne et donc on perd sur tous les tableaux. C’est ça qui ne va pas.

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