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« Face à la crise, il faut associer les citoyens pour qu’ils deviennent acteurs de leur destin ! »

François Bayrou était l’invité de l’émission Questions d’info sur LCP Assemblée nationale, mercredi 12 octobre, en partenariat avec l’AFP, France Info, Le Monde et Dailymotion.

Il a estimé que « les opinions publiques ne sont pas suffisamment associées à la gestion de la crise ».

===> pour regarder la vidéo, cliquer ici
Frédéric Haziza : L’actualité, c’est toujours la crise grecque avec le refus des Slovaques de voter le renforcement du fonds européen de stabilité financière. Est-ce que c’est vraiment maintenant le début du scénario catastrophe en Europe pour la zone euro ?

François Bayrou : Si j’ai bien compris les Slovaques, vont voter dans les jours qui viennent parce que l’opposition slovaque a échangé son soutien contre la dissolution du Parlement et de nouvelles élections, ce qui au passage ne paraît pas absolument à la hauteur des enjeux mais le vote va être acquis. En revanche, est-ce que tout cela résout le problème de la crise dans la zone euro ? A mon avis, non.

Pourquoi ?

Parce qu’un effet de contagion va être produit. Il paraît que le plan sera annoncé à la mi-journée et l’émission est enregistrée juste avant donc il faut dire à nos auditeurs que nous n’avons pas toutes les réponses.

Ce qu’on a entendu dire c’est Jean-Claude Juncker qui a évoqué une possible décote de 60 pour cent de la dette grecque et il a un peu rétro-pédalé depuis. Ça sent la panique quand même ?

Si on faisait cela, je crains que l’effet de contagion ne soit très important. L’effet de contagion, par un mécanisme extrêmement simple, à partir du moment où une dette, rédigée en euros, contractée par un État de la zone-euro, ne sera plus protégée par la zone-euro, à ce moment-là vous aurez des effets en chaîne. Et le premier de ces effets en chaîne c’est que chacun des pays qui va emprunter va être scruté à la loupe sur ses capacités de remboursement. Donc le risque va être davantage pris en compte et si le risque est davantage pris en compte pour un pays comme la France par exemple, ça va faire monter les taux d’intérêts.

Et ça aura des conséquences sur le triple A ?

Et ça augmentera donc la charge de la dette. Et ça va donc dégrader un peu plus la situation du pays. Et donc si j’avais été en responsabilité, j’aurais tout fait pour que la dette de la Grèce soit protégée et honorée, pour qu’on construise un château fort et que tout le monde sache, que ceux qui sont dans le château fort, les pays-membres de la zone-euro, ils sont protégés par la zone euro contre les engagements, contre des décisions de rééquilibrage de leurs finances publiques, contre du sérieux, contre de la rigueur, mais protégés. Alors vous me demandez « est-ce que ce sont les eurobonds ? » ; ce n’est pas tout à fait la même chose. Les eurobonds c’est un mécanisme de financement de cette dette auprès des citoyens, auprès des acteurs économiques européens. Je pense que c’est une bonne chose. Je pense que ce château fort que l’on aurait dû construire. En effet, il aurait dû prendre comme règle essentielle une dette rédigée en euro par un État de la zone euro, cette dette est garantie d’une certaine manière par l’ensemble. De ne pas l’avoir fait, ça va faire, je crains, un effet de contagion. Au bout de cette contagion, nous serons nous-mêmes mis en difficulté.

Vous parlez des châteaux forts qui donc n’ont pas été construits, ça veut dire que les châtelains Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’ont pas joué leur rôle ?

Je ne veux pas donner comme ça des leçons, leur rôle n’est probablement pas facile. Mais je pense qu’on aurait du défendre devant les opinions publiques et devant l’opinion publique allemande en particulier, un mécanisme de cet ordre. Ce qui est frappant pour moi dans cette crise, c’est que personne n’explique aux Français, aux Allemands, aux citoyens européens, ce qui se passe ! Il y a des mois et des mois que Nicolas Sarkozy n’est pas venu en parler à la télévision. Or une crise de cet ordre qui est probablement la plus importante que nous ayons traversée depuis des décennies, depuis le début de la Vème République, peut-être depuis les années 30, une crise de cet ordre là, il faut l’expliquer aux citoyens pour qu’ils soient partie prenante des réponses à apporter. Ils ne sont pas des spectateurs, c’est eux qui vivent la crise, c’est eux qui en subiront les conséquences ! Pourquoi est-ce qu’on ne dit rien ? Je trouve que les responsables publiques, le président de la République française et le chancelier allemand manquent à l’obligation de pédagogie civique qui était nécessaire pour que cette crise soit bien prise. Quand on pense à l’histoire, Mendès France, Roosevelt, ce sont des gens qui dans des crises de cet ordre, dans des crises graves ont associé les citoyens pour qu’ils soient eux-mêmes des acteurs de leur destin.

Vous voulez dire que nos gouvernants européens ne sont pas à la hauteur ?

Je ne veux pas employer des mots de cet ordre. Non je dis que l’on se prive de quelque chose qui est infiniment précieux, qui est l’engagement des opinions publiques dans la résolution de la crise. Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas construire l’espace de sécurité de la zone-euro que je défends ? L’idée que la zone-euro devient un espace auquel personne ne s’attaque parce qu’on sait que là c’est la solidarité. Pourquoi est-ce qu’on ne le construit pas ? En particulier parce qu’il y a des gens qui devant l’opinion publique allemande défendent le chacun pour soi, en disant « On ne va pas, nous les Allemands, payer pour… », or personne n’a demandé à qui que ce soit de payer pour les autres.

Donc c’est la faute des Allemands pour vous… On parle beaucoup de renforcement de la gouvernance économique, c’est vrai que depuis des mois c’est ça qui revient un peu en leitmotiv, c’est à cause des Allemands qu’il n’y a pas de renforcement de la gouvernance économique ?

Non, le renforcement de la gouvernance économique est une contrepartie de la constitution de l’espace de sécurité de la zone-euro. Vous comprenez bien le mécanisme. On dit : « voilà, nous qui constituons la zone-euro, nous ne laisserons pas un État placé en situation de faillite ». et ceci est un message de sécurisation à l’égard de tous les investisseurs de la planète, ce qui fait que les taux d’intérêts chez nous peuvent être plus bas. Quand il y a sécurité, il y a moindre risque, et quand il y a moindre risque, les taux d’intérêts sont plus bas. On aurait donc du faire cet espace de sécurité et naturellement en contrepartie de la constitution de l’espace de sécurité, il y a des disciplines à imposer aux Etats-membres de la zone euro : « Je te protège, mais tu vas faire un certain nombre de choses destinées à ne pas nous faire prendre des risques à tous ». Vous voyez, c’est d’un bon sens élémentaire.

Pourquoi n’y arrive-t-on pas ?

Parce qu’on a laissé s’introduire l’idée en Allemagne et aussi en France – on l’entend souvent en France – qu’il va falloir payer pour les autres. Or, il ne s’agit en aucune manière de payer pour les autres. Il faut que chacun assume ses propres dettes, mais ces dettes doivent être sécurisées, ce qui est une manière de les alléger. Alors on aurait pu peut-être allonger les délais de remboursements, mais si vous dites « la moitié de la dette grecque ne sera pas remboursée, ou 60 pour cent, ou je ne sais quoi », vous mettez en péril l’ensemble de la zone-euro, et notamment les pays comme la France dont la réputation est plus brillante que ses résultats et donc pour l’instant on paie des taux d’intérêts sur la réputation, un jour on devra les payer sur les résultats, et croyez-moi le taux ne sera pas la même.

Vous employez le futur ou le conditionnel, « on devra » ou « on devrait les payer » ?

« On devra », je n’ai aucun doute. Il me semble que l’on ne prend pas la dimension de la crise que l’on est en train de vivre. Il me semble qu’il y a beaucoup de gens qui depuis longtemps croient que c’est une crise passagère, transitoire. Ce n’est pas une crise transitoire, c’est une heure de vérité que nous allons affronter, et ma crainte est que nous n’allions vers des conséquences beaucoup plus graves qu’on ne l’imaginait.

François Fillon déclarait lundi que « l’Europe est sur un volcan qui peut dynamiter le continent », est-ce que vous trouvez que c’est trop alarmiste ou ça reflète la réalité ?

Non, je pense que c’est absolument juste, je pense que l’on danse sur un volcan, et que notamment l’irrésolution dans laquelle les gouvernants sont installés, l’hésitation… Regardez, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont réunis dimanche. Aucun d’entre nous n’a la moindre idée de ce qu’ils ont dit. On dit « ils se sont entendus ». D’accord, sur quoi ? On est des citoyens. Étant des citoyens, on a le droit de savoir ce qui est en train d’être décidé pour notre destin. On entend des messages qui entretiennent, ou qui poussent, ou qui laissent l’opinion dans l’ignorance, l’ignorance est anxiogène. Le fait de ne pas savoir ce qui va se passer, ça panique, et quand ça panique dans le monde économique, ça stoppe l’économie. Tout ça, ce sont des choses simples.

Vous considérez que Nicolas Sarkozy ne traite pas les Français comme des adultes ?

Je pense que Nicolas Sarkozy est à juste titre très préoccupé de l’étroitesse de l’entente avec l’Allemagne, mais il me semble que cette entente avec l’Allemagne se fait plus souvent aux conditions de l’Allemagne, qu’aux conditions de la France. Il me semble qu’il ne défend pas une vision, qu’il attache plus d’importance aux deals, comme on dit maintenant dans un langage d’avocat, aux deals avec l’Allemagne qu’au fond de l’affaire. Je répète la vision qui aurait du orienter l’action de la France, c’est que la zone euro doit être organisée comme une zone de sécurité pour les pays qui en sont membres.

Et ce n’est pas du tout le cas aujourd’hui ?

Non, aujourd’hui c’est totalement anxiogène et tout le monde est pris de frayeur et la frayeur en économie est très mauvaise conseillère. On n’a pas donné de perspectives, on n’a pas donné de lignes, on n’a rien expliqué aux citoyens, on ne dit rien aux opinions publiques et aux investisseurs. Tout ceci est dangereux, en effet je trouve que l’on danse au-dessus des volcans.

Qu’est-ce que cela veut dire précisément « on danse au-dessus des volcans » ?

Ça veut dire que l’on fait des figures chorégraphiques et qu’en réalité on risque de tomber dans la lave brûlante.

On fait du « bla-bla », c’est ça que ça veut dire ?

Non, on fait comme si on avait une ligne de décisions précises et aucune de ces décisions précises n’apparaissent.

A vous entendre, la façon dont vous parlez de Nicolas Sarkozy, ou en tout cas de la personne qui est en responsabilité, ça veut dire qu’en fait il n’y a pas de plan, le seul plan c’est de coller à l’Allemagne et de garder ce couple franco-allemand ?

Je pense que c’est le défaut de la position française.

On cède trop à Allemagne ?

Nicolas Sarkozy n’a pas défendu devant les citoyens français qui l’ont élu, et devant l’opinion européenne, devant les autres États, une ligne claire et identifiable par tout le monde, une vision de l’avenir. Et la seule vision qu’il retienne, c’est l’accord le plus étroit possible avec l’Allemagne pour que le parapluie allemand serve à nous protéger des averses. Je pense qu’il se trompe sur ce point. On ne fait pas de politique sans avoir une vision cohérente et forte de l’avenir. L’accord avec l’Allemagne, présentée comme l’alpha et l’oméga de la politique à suivre, ne suffit pas dans une crise comme celle-là. Encore faut-il que ce soit un bon accord.

Vu le contexte, l’état de la dette, les prévisions économiques, la fragilité des banques et le plan de sauvetage de Dexia est-ce que vous craignez que la France perde son triple A ?

Je n’ai jamais pensé que le triple A était garanti pour l’avenir.

Et l’avenir c’est à partir de quand ?

Je crois avoir déjà dit à votre micro que pour moi je ne vois pas comment les prochains mois pourraient se passer sans qu’il y ait un coup de tonnerre très important sur notre pays.

Précisément ça veut dire quoi un « coup de tonnerre très important » ?

Je pense qu’on est en situation de risque maximal. Je pense que nous avons accumulé les risques ou laissé s’accumuler les risques au-dessus du pays. Je ne pense pas du tout qu’on soit en situation de recouvrer la santé, je pense qu’on est au contraire au bord d’une crise.

Mais crise économique, monétaire ?

Crise économique, crise monétaire, crise sociale, crise démocratique… Je pense que toutes les crises sont aujourd’hui en train de se condenser, de se regrouper au-dessus de la France.

Et avant ou après la présidentielle ?

A mon sens, il est très difficile d’arriver au mois d’avril sans qu’il se passe des choses.

Mais des choses, précisément c’est quoi ? Une explosion sociale dans le pays, en Europe ?

Je ne crois pas que ce soit l’explosion sociale qui soit la première. Je pense qu’il y a de très grands risques. Et quand un responsable dit qu’il y a de très grands risques, en tout cas s’il ne se trompe pas, ça se suffit à soi-même. De tout cela on peut se sortir. Il y a une question fondamentale: la plus grande partie de opinion publique française croit qu’il n’y a rien à faire, baisse les bras. Pour les uns, il y a des votes de résignation, pour les autres il y a des votes d’indignation, pour les troisièmes il y a des votes de protestation. Mais tout le monde vit avec cette crainte que l’on ne peut pas s’en sortir et ce que je dis et dirai dans les mois qui viennent c’est qu’on peut s’en sortir ! Le petit nombre de causes qui explique la situation de la France, toutes sont solubles, toutes peuvent trouver une réponse. Nous sommes un grand pays qui peut s’en sortir à condition d’identifier clairement les problèmes qui se posent à nous.

Parmi les problèmes, est-ce qu’il y a les banques, comme avec Dexia qui bénéficie d’un plan de sauvetage, est-ce que c’est la bonne voie ou est-ce qu’au contraire on risque de voir notre système bancaire malgré tout exploser ?

Si le système bancaire explose, nous serons tous à pleurer des larmes amères.

Est-ce qu’il y a un risque ou pas ? Et est-ce que ce que l’on a commencé avec Dexia est la bonne solution ?

J’espère que l’on conjurera ce risque. Je ne suis pas du tout sur la ligne de tout ceux qui sur Dexia s’expriment. Dexia, ce n’est nullement un problème de causes extérieures, de crises qui se seraient accumulées, Dexia c’est une série d’erreurs gravissimes de gestion faites par les responsables de la banque auxquels je m’étonne qu’on n’ait demandé aucun compte. Ce n’est pas la crise qui a fait les difficultés de Dexia, ce sont les décisions erronées qui pendant des années et des années ont été prises par ceux qui étaient les responsables de cette banque.

C’est une affaire Crédit Lyonnais en pire ?

En tout cas, c’est une affaire qui devrait exiger de la part des responsables du pays, des demandes d’explications rigoureuses de la part de ceux qui ont conduit cette banque à la situation où elle se trouve. Deuxièmement, l’idée que c’est la Caisse des dépôts qui une nouvelle fois va être mise à contribution est une idée que je trouve pour ma part dangereuse. La Caisse des dépôts ce n’est pas l’État. Je sais bien que c’est subtile comme affirmation, mais la Caisse des dépôts ce n’est pas l’État ! La Caisse des dépôts a été inventée au XIXème siècle pour protéger l’épargne des Français, pas le budget de l’État. L’épargne, notamment les livrets de caisse d’épargne comme on disait autrefois, les livrets A comme on dit maintenant, c’est l’épargne des Français les plus modestes, qui ont ainsi au-dessus d’eux pour les protéger une institution « Caisse des dépôts et consignations », dont ils savent que précisément elle peut résister à l’État quand l’État veut lui faire faire des bêtises. Quel est le degré de résistance aujourd’hui ? Très faible. Parce qu’on se sert de tous les moyens, de tous les bras de fer pour faire en sorte que la Caisse des dépôts soit engagée dans toutes les décisions d’État, je considère que c’est dangereux. Et donc je suis en désaccord avec ce qui est en train de se faire sur Dexia sur ces deux points, il faut que les responsables soient appelés en responsabilité, ce sont des erreurs de gestion considérables qui ont été commises notamment parce que Dexia a voulu saisir la totalité du marché des financements des collectivités locales en faisant des acrobaties de produits financiers qui nous conduisent à la catastrophe aujourd’hui et deuxièmement le recours perpétuel à la Caisse des dépôts me paraît dangereux. Je veux ajouter une phrase encore: la situation des banques, on dit « les banques ont pris des risques », excusez-moi de rappeler – et je ne suis pas défenseur des banques, je viens de le prouver à l’instant – que les banques sont dans une situation précaire parce que les États les ont obligées à prendre des emprunts d’État. C’est les États qui ont contraint ou invité ou pressé les banques de leur prêter de l’argent alors qu’ils ne sont pas en situation de rembourser. Et c’est quand même fort de café que les mêmes vous disent « mais maintenant, pour corriger tout ça, on va étatiser les banques ». Je demande qu’on réfléchisse à la situation qui a été ainsi créée.

Il ne faut pas renationaliser les banques ? Même de manière temporaire ?

Mais si on est obligé de se substituer aux banques – peut-être faut-il faire quelque chose de cet ordre – mais avec certitude c’est « les États qui ont planté les banques » comme on dit en langage familier. C’est parce que les États ont obligé ou pressé les banques de leur prêter de l’argent qu’elles se trouvent avec des créances pourries. C’est les États qui ont commis la plupart des erreurs. Les banques ne sont pas vertueuses, elles distribuent trop d’argent dans des conditions inquiétantes mais au bout du bout c’est la politique des États laxistes qui a conduit à la situation où nous sommes.

Dans ce contexte-là, donc il va y avoir une campagne présidentielle à mener c’est quasiment certain que vous soyez candidat, quel projet de société peut aujourd’hui proposer un candidat à la présidentielle, est-ce que c’est forcément du sang et des larmes et rien d’autres ?

Merci de cette question. Ce n’est pas du sang et ce n’est pas des larmes.

A vous entendre pourtant, ce n’est pas très optimiste.

Mais au contraire, c’est absolument optimiste. Et si vous avez lu le livre que je viens de publier et qui s’appelle « 2012 État d’urgence », vous aurez remarqué que la première phrase du livre c’est « Les mauvais jours finiront ». On va s’en sortir.

Oui, mais quand ?

Je dis entre 5 et 10 ans.

Donc, c’est du sang et des larmes avant ?

Non, cette expression est une expression désinvolte que tout le monde utilise et que je considère comme profondément erronée. Lorsque Churchill a utilisé l’expression « du sang et des larmes » en mai 1940, c’était du vrai sang et de vraies larmes. C’était des jeunes garçons qui mourraient tous les jours et leur mère qui pleurait. Alors franchement, c’est absolument déplacé d’adapter cette citation à la situation où nous sommes. C’est exactement le contraire. Il s’agit de prendre avec force la mesure de ce que nous avons à faire pour en sortir. Et donc ce n’est ni du sang ni des larmes, c’est de l’enthousiasme et de l’optimisme.
Pour en sortir qu’est-ce qu’il faut faire ? Il y a trois choses à faire : produire, car toutes les questions de dette, de déficit, et de pouvoir d’achat, d’emploi, d’intégration sont liées au fait que l’on ne produit plus en France. Si vous regardez les chiffres, nous ne sommes pas en déficit seulement avec la Chine, mais surtout avec les pays avec l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique ! Or ce sont des pays qui ont la même monnaie, les mêmes salaires. Donc les problèmes ne viennent pas de l’étranger mais de nous ! Il faut instruire. Et enfin construire une démocratie digne de ce nom.

Le score d’Arnaud Montebourg et ses 17 pour cent, c’est le seul des candidats à avoir voté non au traité européen… Qu’est-ce que vous en pensez ?

Quand on ne donne pas de cap, de chemin compréhensible pour un peuple, il s’inquiète et il se ferme. C’est une loi de l’histoire. Je suis en désaccord fondamental avec la démarche de Montebourg, comme avec celle d’une partie de la droite, de l’extrême droite, du Front de gauche. Cette démarche fait croire au citoyen que les problèmes viennent d’ailleurs (capitalisme, situation des banques…). Or les problèmes sont chez nous ! Une majorité de Français voient que les problèmes sont chez nous ! Il existe une majorité pour le faire. Mais aucune des deux majorités ne défend cela. Seule une majorité centrale, centre-gauche et centre-droit, peut résoudre ces problèmes. Là il y a un cap, de l’espoir, de l’optimisme. La mise sous tutelle des banques…
Ce n’est pas du tout ce que Montebourg veut. Si on siège au CA des banques, ce n’est pas cela la question. En 1981 on a nationalisé les banques, qu’est-ce que cela a apporté à la France ? Le crédit Lyonnais. Et pour le reste les services bancaires ont été les mêmes, les interventions des banques auprès des entreprises sont restées les mêmes. Or l’Etat ne peut pas tout résoudre. L’Etat est nécessaire pour la régulation, pour faire respecter la loi, pour désigner l’intérêt général – une notion oubliée et importante -. Mais l’Etat ne doit pas se substituer à tous les agents économiques dans leur liberté. Cela serait un retour en arrière. La France a besoin de solidité et de dirigeants qui montrent le cap.

Martine Aubry et Hollande n’ont pas répondu aux exigences de Montebourg, voyez-vous une dynamique ?

Je n’ai pas à commenter ce qu’il se passe dans la primaire.

Face à qui vous auriez plus de chance d’imposer vos idées ?

Toute ma vie politique s’est construite autour de l’idée qu’il existait un projet indépendant, voire en confrontation avec le projet de l’UMP ou du PS. Ce projet, je le défendrai par rapport aux 2 autres candidats.

Oui mais vous aviez dit une majorité de centre-gauche ou centre-droit ? Avec qui vous iriez ?

Avec le vote des Français ! C’est le vote des Français qui créé une majorité. Et c’est aussi un projet politique. Chacun vient avec une majorité. Le PS dit je veux une majorité de gauche, l’UMP dit je veux une majorité de droite. Et les Français choisissent. De toute façon cette majorité, que je défends, elle est certaine en raison de la crise. Ce qu’il s’est passé en Allemagne, en Espagne, et ce qui va se passer en Italie : dans tous ces pays il va naître des majorités nouvelles. Il y a dans la gauche des contradictions entre deux affirmations : Montebourg, Hamon, Emmanuelli, Front de gauche qui dit c’est la faute du capitalisme international, et celle de l’autre partie de la gauche qui dit qu’il va falloir gérer le pays. Si vous vous installez dans une logique de camps et de parti, ils se tiennent par leur noyau dur. C’est le théorème de Bayrou ! Cela oblige à faire dériver le projet vers la tendance la plus radicale à l’intérieur du parti.

Sarkozy a critiqué le principe des primaires.

Il y a un temps, il ne pensait pas ça. Il y a de l’agacement dans le camp de l’UMP sur les primaires du PS car ils occupent les antennes depuis un mois et demi. Et ils n’ont pas tort. C’est un quasi monopole de la communication. Mais je pense que c’est un succès. Même s’il y a un inconvénient car cela pousse vers le plus dur du camp.

Alors à quand des primaires du Centre ? Ça vous serait alors bénéfique ?

Les primaires servent quand il n’y a pas de leader. Je ne considère pas que c’est le cas au Centre. Le rassemblement est nécessaire. Et il est en train de se faire. Beaucoup réalisent que pour les combats qui viennent, les législatives, il faudra que le centre soit compact et rassemblé.

Avec vos anciens amis ?

J’ai l’impression que beaucoup sont en train de réfléchir. Ils me le disent souvent. J’ai eu des contacts avec la plupart des élus de cette famille dispersée mais en voie de regroupement. Car ils voient bien qu’au fond, ils vont avoir le choix entre cette voie centrale indépendance et Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy, pourquoi est-il sympa avec vous ?

Il y a eu beaucoup d’intox à laquelle vous avez participé. Je ne l’ai pas vu depuis trois mois. Je ne dépends pas du choix de l’un ou de l’autre. Je n’ai jamais accepté de négociations dans les couloirs ou de deal. Je ne suis pas de cette culture là. Il se trouve que j’ai toujours voulu défendre une certaine idée de la démocratie française. J’ai refusé la soumission. Et c’est pour cela que je suis là aujourd’hui.

Candidat pour la troisième fois, ce n’est pas la fois de trop ?

Vous n’avez qu’à demander cela à François Mitterrand, à Jacques Chirac… Évidemment, quand on trace une voie nouvelle, cela prend du temps. On peut y arriver en 2012.

Dans votre tête, vous pensez être le prochain président ?

Je n’aurai pas fait tout ce chemin si je ne le pensais pas. Je ne fais pas partie de la culture des coulisses et des candidatures stratégiques. J’ai failli être au second tour en 2007 et, aujourd’hui, les raisons qui ont fait le score de 2007 sont bien plus lourdes et bien plus importantes qu’il y a 4 ans.

Votre score ? 20-25 pour cent ?

Je le place au-dessus du score de la dernière fois.

Au dessus de Sarkozy ou du candidat de gauche ?

C’est compliqué, ce sont les Français qui décideront. Il y a quatre candidatures qui peuvent accéder au second tour, et trois éligibles…

Votre déclaration de candidature aura lieu quand ?

Je n’ai pas encore tranché… J’aime bien le mois de décembre. Il y a du soleil à Austerlitz. Et c’est juste avant les fêtes. Les Français se retrouvent ensuite en famille, et l’attention commence à se porter sur le grand choix qu’ils auront à faire dans quelques mois.

A quoi cela sert alors que l’on sait déjà que vous serez candidat ?

C’est important, c’est un moment solennel où vous dites au pays ce que vous voulez faire à son service. Et il dit quelque chose de vous-même, de qui vous êtes. Il y a beaucoup de responsables politiques qui n’ont pas fait de déclaration de candidature car au fond, il y avait quelque chose au fond d’eux qui n’était pas prêt, en dissonance. Il faut quelque chose qui sonne juste.

Est-ce qu’il y a des moments où vous vous êtes senti seul, où vous avez douté ?

Jamais. Jamais. Je n’ai jamais été vraiment seul. J’ai toujours eu autour de moi une tribu solide et combative et de très haut niveau. Pour le reste, les plus grands réformateurs sont ceux qui n’ont pas eu peur d’affronter la rudesse des temps et qui ont traversé des périodes les plus rudes.

Nicolas Sarkozy a déjà perdu l’élection ?

C’est vous qui dites ça. En politique, rien n’est profondément joué. Mais il s’est placé dans une situation qui n’est pas facile et lui-même en conviendra.

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