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« Réveiller l’Europe, tout de suite »

 

Jean-Luc Bennahmias, député européen du Mouvement Démocrate et responsable des questions de société au sein du Shadow cabinet, a publié une tribune le 23 septembre dernier sur le site d’actualité en ligne Mediapart. Si l’Union européenne « n’existe pas pour apporter des solutions efficaces, elle se condamne à l’inutilité », a-t-il estimé.

« Il y a comme un air de déjà-vu sur la scène économique et financière mondiale : depuis l’été, on prend les mêmes et on recommence.

Comme en 2008, les bourses dégringolent un jour, avant de remonter le lendemain pour mieux rechuter le jour d’après, faisant une nouvelle fois preuve de leur complète irrationalité. Les marchés s’affolent, spéculent sur les défauts de tel ou tel pays endetté, lors des rencontres au sommet, on évoque les causes de l’énième édition d’une crise qui n’en finit pas, on met en place les rustines d’urgence, on jure qu’on ne nous y reprendra plus… mais plus personne n’y croit ! Les citoyens européens, qui sont en première ligne, les premiers à subir les conséquences sociales de la crise, sont désabusés et désemparés face à leurs gouvernements et l’Union européenne (UE). Raison pour laquelle il y a urgence.

Parce que depuis 2008, nous sommes dans une spirale infernale dont il paraît chaque jour un peu plus difficile de sortir, parler de crise conjoncturelle ne suffit pas : la crise est systémique. De la finance à l’économie, la crise est devenue sociale et finalement globale. C’est une crise de « sens » à laquelle nous faisons face aujourd’hui en Europe. Car l’UE, incapable de se montrer à la hauteur des enjeux, a montré ses limites. Dans la réponse à la crise, il y a comme un air de déjà vu, aussi, avec la crise de 1929. Priorité donnée à la rigueur et à l’austérité, repli sur soi et nationalisme: les mêmes erreurs resurgissent, ce qui, malgré tout ce qui sépare les deux périodes, devrait nous alarmer.

Alors que la Grèce est aujourd’hui, et plus que jamais, sous la vague, ses voisins européens, tétanisés par la peur de la contagion, sont dans le même temps réfractaires aux mesures de solidarités. Les agences de notation agitent la peur en menaçant et dégradant à tour de bras, conservant leur crédibilité malgré leurs erreurs passées et leur manque d’indépendance flagrant. Personne ne semble se soucier qu’elles soient à la fois juges et parties et que, de fait, aucune évaluation indépendante ne puisse être menée.

L’UE en quête de sa raison d’être

Pendant ce temps, l’UE tergiverse, perdue dans la complexité qu’elle a elle-même créée au fil des années. La multitude de présidents dans l’UE en est un signe révélateur : depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, nous avons un président de la Commission, un président du Parlement européen, une haute représentante pour la politique étrangère, auxquels viennent s’ajouter un président du Conseil européen et une présidence tournante du Conseil exercée par chaque Etat membre pendant 6 mois…

Il ne faut pas, dès lors, s’étonner que l’UE soit incapable de faire preuve de fermeté et de réactivité. Ou plus précisément, que les Etats profitent de cette complexité pour bloquer les quelques avancées proposées. La parité des pouvoirs entre le Conseil des Etats et le Parlement européen, pourtant consacrée dans le traité de Lisbonne, reste encore difficile à faire appliquer. La Commission européenne, quant à elle, est en retrait, se contentant de faire ponctuellement quelques propositions mais sans exercer un leadership réel.

De fait, nous n’avons pas pris assez tôt l’ampleur de la crise, nous n’avons pas été assez rapides ni assez efficaces, nos décisions n’ont pas été à la hauteur de nos obligations… Résultat : l’Europe semble avoir perdu sa raison d’être. Si elle n’existe pas pour apporter des solutions efficaces, elle se condamne à l’inutilité, mettant ainsi à mal tout le crédit qu’elle a essayé de patiemment construire et les acquis essentiels qu’il nous faut pourtant préserver. L’euro est de ceux-là. En la matière, il n’y a pas de retour en arrière possible.

La solidarité est aussi un acquis sur lequel on ne peut transiger. Aider la Grèce et les autres Etats en difficulté, c’est indispensable. Toute solution contraire serait la négation même de la construction européenne. L’UE est et doit être notre cadre pour l’avenir. Mais il nous faut le repenser car nous ne sortirons pas de cette crise en prônant seulement des mesures d’austérité. Ce dont nous avons besoin c’est d’un nouveau projet politique, un plan de relance et d’investissement qui soit réellement européen. L’UE doit être à nouveau porteuse d’une vision économique et sociale positive pour l’avenir!

Des project bonds pour un nouveau souffle

Récemment, la Commission européenne et le Parlement européen ont fait en ce sens des propositions valides sur le budget (nouvelles ressources propres pour l’UE, budget consacré à l’investissement…) mais qu’il faut encore concrétiser. Mettre en œuvre cette taxe sur les transactions financières dont nous parlons depuis des années, tout comme les fameuses « eurobligations » est plus qu’urgent ! A noter que ces emprunts européens ne devraient pas servir seulement au remboursement de la dette mais devraient être aussi au service de l’investissement.

Pour financer des projets d’avenir dans le domaine énergétique, les transports, la recherche et l’innovation, c’est maintenant que nous avons besoin de ces « project bonds », comme on les appelle, et non pas dans trois ou cinq ans. Car en étant porteurs de relance, ils seront créateurs d’emplois, donc de pouvoir d’achat, donc de recettes fiscales! La nécessaire discipline budgétaire doit impérativement être couplée à une politique d’investissement à l’échelle européenne. Les circonstances actuelles exigent une action plus immédiate, à même de sortir de la spirale infernale, de redonner de l’espoir à nos citoyens.

Si nous prenions ces décisions, les marchés ne seraient plus les premiers servis comme c’est le cas aujourd’hui. Car c’est une évidence mais nous l’avons quelque peu oublié: ce ne sont pas les marchés qui devraient dicter les décisions politiques. Le pouvoir politique, dépossédé par la sphère financière, doit reprendre la main, et se souvenir que son objet, sa raison d’être c’est de représenter les citoyens. C’est ce que nous disent les mouvements sociaux, qui, de notre côté de la Méditerranée, expriment la fatigue du système actuel et la nécessité d’un nouveau souffle. L’urgence en Europe, c’est donc pour maintenant. »

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