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« CQFD (Ce Que la Finlande Démontre) »

Dans une tribune publiée dans La Croix le 30 août 2011, Sylvie Goulard, députée européenne et responsable de l’Europe au sein du Shadow cabinet, a dit le « besoin d’une politique monétaire et économique européenne menée par un gouvernement digne de ce nom. »

En effet, « en échange de la participation de la Finlande au plan de sauvetage, le Parlement de ce pays vient de demander à la Grèce des garanties à son seul profit ». « Si les 17 Parlements nationaux de la zone euro en faisaient autant, la solidarité serait impossible », a-t-elle analysé.

« Imaginons que, dans un domaine vital pour l’avenir du pays, on fasse appel à un « gouvernement » composé des présidents de 17 régions décidant à l’unanimité, après autorisation de chacune des 17 assemblées régionales que ce « gouvernement », en tant qu’organe collectif, ne rende pas de comptes et ne puisse pas être censuré. Enfin, que, pour gérer des crises d’une extrême gravité et piloter l’ensemble de l’économie, il se réunisse deux fois par an. Personne n’aurait confiance dans des institutions si singulières. Voilà pourquoi « les marchés » ne croient pas aux propositions d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy pour consolider la zone euro. Ils cherchent à comprendre si la « maison commune » est solide.

Dans l’urgence, les gouvernements ont fait le choix courageux de défendre l’euro coûte que coûte. Des décisions difficiles ont été prises qui se sont hélas vite révélées insuffisantes : le « plan de sauvetage » de la Grèce de mai 2010 a déjà dû être revu. Et la contagion a gagné l’Espagne et l’Italie. Cette crise n’est pas née du hasard, mais d’un défaut d’engagement mutuel. Si une politique économique commune avait accompagné la création de l’euro, nous aurions épargné à des millions de familles chômage et pauvreté. Quelles souffrances devons-nous encore accepter au nom d’un souverainisme incompatible avec une monnaie unique ?

Nous avons déjà perdu bien trop de temps. L’ancien Premier ministre belge et grand Européen Paul-Henri Spaak écrivait déjà en… 1964 : « Je n’ai jamais compris comment l’on pouvait nous offrir comme idéal politique pour l’organisation européenne une organisation que nous rejetterions avec un haussement d’épaules si on nous la proposait pour nos pays. (…) Comment peut-on parler d’une Europe unie quand, après s’être rencontré et avoir échangé des propos plus ou moins vagues ou plus ou moins précis, il n’y a pas, il n’y a jamais de décision commune ou d’obligation de suivre ensemble une même politique ? Cette Europe-là me paraît tout à fait insuffisante et, même, dans une certaine mesure, je la trouve dangereuse. (…) Je crains fort que ces rencontres et ces discussions, bien loin de rapprocher les points de vue, fassent apparaître plus fort et plus profondément les divergences et rendent par conséquent toute action commune impossible. »

L’actualité lui donne raison : ainsi, en échange de la participation de la Finlande au plan de sauvetage, le parlement de ce pays vient de demander à la Grèce des garanties à son seul profit. Les parlementaires d’Helsinki ont, d’une certaine manière, fait leur travail qui consiste à défendre les intérêts des contribuables finlandais. Pourtant, si les 17 Parlements nationaux de la zone euro en faisaient autant, la solidarité serait impossible.

À côté d’une politique monétaire menée par une Banque centrale « européenne », nous avons besoin d’une politique monétaire « européenne » menée par un gouvernement digne de ce nom, ou au moins par un ministre des finances unique, comme l’a suggéré Jean-Claude Trichet. Mais encore faut-il que ces responsables soient désignés selon les procédures démocratiques, au terme d’un débat politique à l’échelle de la zone euro tout entière et que leur travail soit soumis au contrôle du Parlement européen. C’est le seul moyen de faire prévaloir l’intérêt général.

Certains rétorqueront que les opinions ne sont pas prêtes pour un grand saut fédéral. Mais c’est un prétexte. L’essentiel est d’adopter un calendrier par étapes. A condition d’être résolue, la démarche peu fort bien s’étaler dans le temps ; cette méthode a été utilisée avec succès dans la phase de création de l’euro. Si les citoyens et les marchés pouvaient anticiper un cheminement collectif vers l’unité, ils reprendraient confiance.

Dans un premier temps, nous pourrions mieux tirer parti des traités existants qui font déjà du Parlement européen, aux côtés des ministres des finances nationaux, le colégislateur en matière de politique économique et qui pourrait jouer un rôle accru dans la gestion de crise. Le Parlement européen entend d’ailleurs exercer toutes ses prérogatives : ainsi, hier, sa commission économique et monétaire s’est réunie pour auditionner le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, le commissaire Olli Rehn et Jean-Claude Junker, président de l’eurogroupe. Dans la législation en cours d’examen sur la « gouvernance économique », le Parlement a déjà proposé un renforcement de la discipline, du dialogue démocratique et la création d’eurobligations, l’endettement commun pouvant être une solution à la crise mais appelant, à l’évidence, un débat approfondi.

À terme, nous devrons réfléchir à d’autres avancées même si elles nécessitent une refonte des traités. Veto national et solidarité ne font pas bon ménage. C’est la leçon de la crise des dettes que l’on dit souveraine. »

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