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« Il faut offrir à la France un autre projet que ceux qu’elle a suivis jusqu’à maintenant »

François Bayrou était l’invité de France Inter vendredi 19 août, à l’occasion de la sortie de son livre « 2012 Etat d’urgence ». Il s’est défendu de vouloir donner dans le catastrophisme, et a au contraire affirmé que « le livre est entier de réponses positives » à la situation. « C’est une nécessité que d’offrir à la France un autre projet, un autre chemin que ceux qu’elle a suivis jusqu’à maintenant qui sont selon moi déséquilibre et faiblesse », a-t-il déclaré.

 

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Bruno Duvic : En quoi y a t-il un état d’urgence en France aujourd’hui ?

François Bayrou : Vérifiez la situation du pays, un état de très grand désarroi, le chômage qui explose, le déficit et la dette qui explose, le pouvoir d’achat qui est absent, les fins de mois qui sont difficiles, et tous ceux qui nous écoutent en ce moment savent que c’est leur lot. C’est une très grande inquiétude pour les enfants ; que vont-ils faire, même diplômés ? Et puis qu’en est-il de tous ceux pour qui l’école ne marche pas ? Il y a une démoralisation qui est profonde et tout le monde sent bien que c’est le dernier moment pour agir puisque tout dérape, tout glisse et s’en va dans le fossé. C’est pourquoi il y a urgence. Le sens de ce livre c’est qu’on peut s’en sortir : quelles sont les orientations pour le faire.

« Etat d’urgence », « tout dérape », « dernière chance »… Est ce que vous ne donnez pas un peu dans le catastrophisme, on attend aussi des responsables politiques une certaine maîtrise des arguments ?

Si vous avez lu le livre, vous savez que le livre est entier de réponses positives. Si on regarde tous les problèmes qui se posent aux Français, en fait, ils se résument à deux : le premier c’est qu’on ne produit plus en France et pour en sortir, il faut rassembler toutes les énergies et les réponses pour produire plus. C’est possible, parce qu’à nos portes, nos voisins allemands l’ont fait en très peu de temps.

Le constat de la dette appelle quelques questions d’actualité : la règle d’or, puisque c’est une des mesures avancées pour réduire le déficit et donc la dette. Les socialistes disent que c’est de l’enfumage, vous, vous dites oui, mais à quelles conditions ?

J’ai, depuis des années, proposé aux Français que nous nous donnions cette discipline d’inscrire dans notre constitution nationale une règle simple qui est qu’on ne peut pas faire de déficit de fonctionnement. On peut emprunter pour investir, équiper le pays, construire des hôpitaux, des universités, des moyens de transports, mais on ne devrait jamais emprunter pour le train de vie de tous les jours, pour assumer les charges d’un Etat, payer les fonctionnaires, ou payer les feuilles de sécu. Ce devrait être une règle marquée au fer rouge dans l’esprit de tous les dirigeants, sauf en période de récession, quand on a besoin de soutenir l’activité. A ce moment-là on peut, pour un moment court, soutenir l’action publique.

Et que pensez-vous de l’idée que l’on l’étende à tous les pays européens, au risque de piétiner un peu leur souveraineté ?

>J’ai lu cette déclaration de Nicolas Sarkozy, d’Angela Merkel ; c’est une idée. Mais faisons-le d’abord chez nous. Les Allemands l’ont fait exactement dans les termes que je viens de décrire devant vous : pas de déficit de fonctionnement en période de croissance, ce qui est le texte que j’ai proposé notamment au court de la campagne de 2007. Soyons logique, faisons-le chez nous. J’ai dit au président de la République que, si j’étais à sa place, je convoquerais Assemblée nationale et Sénat, et je soumettrais au vote un texte qui est un texte compliqué, mais au moins qui est un signal pour dire que les grandes forces démocratiques du pays, toutes ensemble, prennent la responsabilité de donner pour l’avenir une règle de prudence élémentaire.

Vous trouvez que le parti socialiste est irresponsable ?

Je ne veux pas employer des mots de cet ordre. Le PS est agacé et je comprends qu’il le soit parce qu’il se fait donner des leçons de vertu budgétaire par un gouvernement qui est le plus dérapé dans les déficits depuis des années.

Ces dérapages dans les déficits, vous les attribuez à la crise ou vous dites qu’il y a eu mauvaise gestion et notamment de la fiscalité ?

La Cour des comptes a répondu à cette question, elle dit qu’il y a un peu près un tiers du déficit qui relève de la crise, l’autre qui relève des déséquilibres français. Je comprends qu’un certain nombre de responsables socialistes soient agacés, mais on est dans un moment où il faut dépasser les agacements. Ce que nous avons devant nous est plus important, plus lourd, plus grave qu’une espèce de compétition d’étiquettes dans laquelle on vit au moment de la préparation de la présidentielle. Donc, à la place des dirigeants socialistes, je dirais « oui, c’est agaçant, ce n’est pas à eux de nous donner des leçons, mais au moins, prenons cette décision responsable qui consiste à dire au monde et aux citoyens français que pour l’avenir, ces efforts d’équilibre seront faits ».

Réduire la dette passe par de nouvelles recettes. Vous préconisez dans ce livre deux mesures : hausse de l’impôt sur le revenu pour les plus favorisés, et hausse de deux points de la TVA. C’est une question sensible parce que la TVA frappe aussi bien les riches que les pauvres. Il faut passer par là ?

La première chose ; vous avez dit « il faut trouver de nouvelles ressources ». Mais d’abord, il faut baisser les dépenses inutiles. Il y a un grand nombre de dépenses du côté du train de vie de l’Etat, y compris au sommet de l’Etat. Si j’étais élu, je ferais ce qu’il faut pour montrer qu’au sommet de l’Etat, on fait les sacrifices qu’on demande au peuple, et plus encore. C’est symbolique, ce n’est naturellement pas avec cela que l’on va boucher le trou, mais c’est une manière de montrer que l’on prend sa part de responsabilités.
Ensuite, il faut des ressources nouvelles ; j’en défends deux. Je pense qu’il faut que l’on ait une tranche supplémentaire et exceptionnelle de l’impôt sur le revenu pour les plus favorisés. J’indique même que pour cela, une tranche de 50 pour cent serait un signe qui serait entendu. La deuxième chose : il faut que l’on rééquilibre nos budgets par une hausse de deux points de la TVA. Je vous rappelle que les Allemands ont augmenté de trois points, et qu’ils l’ont supporté finalement assez bien. D’autant que les économistes ont observé que quand on opère une hausse de la TVA modérée comme cela, les distributeurs ne la répercutent pas nécessairement et ils en absorbent une partie. Donc ce serait une partie vers les entreprises de distribution, et une partie vers les consommateurs.

Donc vous assumez la hausse de cet impôt qui est jugé injuste ?

C’est un impôt sûr et auquel tout le monde est habitué. Je l’assume pour une raison simple ; dans la campagne qui vient, dans ce débat-là, il faut qu’il y ait des femmes et des hommes qui disent la vérité comme elle est. Parce qu’il y a une telle exaspération de ceux qui vote et de ceux qui entendent, qui ont l’impression qu’on les a traînés d’illusion en illusion, que le monde politique fait des vœux pieux et que rien ne change. Alors disons la vérité, parce que c’est la vérité qui nous permettra de créer un nouveau climat en France.

Christine Lagarde, dans l’affaire Tapie s’est « impliquée personnellement » en faveur de la procédure d’arbitrage et le processus comporte de nombreuses anomalies et irrégularités selon la Cour de Justice de la République (CJR). Qu’en dites-vous ? Sur cet exemple là, les magistrats font preuve d’indépendance ?

C’est ce que j’ai dit hier, et c’était un jour très important. On a vu pour la première fois depuis longtemps se manifester avec éclat la force de l’indépendance de la justice. Quand la justice est indépendante, les obstacles que l’on met sur son chemin ne résistent pas. Or, quand on lit la décision des magistrats de la CJR, alors on s’aperçoit de quelque chose d’énorme, mais qui n’est pas une surprise pour moi puisque vous savez que j’ai mené ce combat depuis des années.
Les magistrats évoquent les soupçons que cet arbitrage peut être un faux, qu’il n’y avait pas de vrai arbitrage, que l’on s’était entendu à l’avance à la demande de Monsieur Tapie, et que l’Etat a été, au fond, partie prenante. L’Etat a organisé le détournement d’argent public puisque ce sont les mots qui sont utilisés par les plus hauts magistrats de l’ordre judiciaire, de l’ordre de la Cour des comptes et de l’ordre administratif. Ils sont sept, et ces sept ont pris une décision qui est extrêmement forte. Or, jusqu’à maintenant, personne ne les a évoqué ou aperçu. C’est qu’il y a un principe du droit, en latin, « fraus omnia corrumpit » (la fraude annule tout acte). Cela veut dire que si ce faux est reconnu, alors il n’y a plus d’arbitrage Tapie.
Donc tous ceux qui disaient en France « c’est affreux, on voit qu’il y a quelque chose qui n’est pas normal, ça se fait contre les citoyens et les contribuables, mais c’est fini maintenant, qu’est-ce qu’on peut faire ? ». Hé bien ça n’est pas fini, et cette indépendance de la justice est une très bonne et une très grande nouvelle.

Vous avez déclaré sur TF1 : « Il faudra que je sois candidat. » Pourquoi ne pas dire franchement et directement les choses ? François Bayrou est candidat, tout le monde le sait, il l’a été en 2007. La question n’est pas que politicienne : vous parliez de vérité et de sincérité en politique. Pourquoi ne pas le dire franchement ?

Parce que faire une déclaration de candidature, ça se fait dans la campagne présidentielle. Quand je dis « il le faudra », cela veut dire que ces idées, ces principes, ou ces attitudes sont tellement importantes pour l’avenir du pays qu’il n’y a naturellement que dans la campagne présidentielle que l’on puisse les défendre avec force.

Ça se fait pendant la campagne présidentielle, mais la campagne on la fait quand on veut. Est-ce que vous avez une idée et de la manière dont vous vous déclarerez ?

Oui j’ai une idée, naturellement, mais je suis souple. Parce que les évènements vont si vite, dans l’ordre financier, dans l’ordre de la dette… Il y a une crise de confiance énorme, donc il faut être adapté. En tout cas, je reviens au sujet essentiel. Est-ce qu’il y a quelque chose à faire pour s’en sortir ? Oui. Et il y a quelque chose à faire pour s’en sortir qui se résume en deux verbes : produire et instruire. Si on sait répondre à ces deux questions, alors la France s’en sortira parce qu’on a autant d’atouts et plus que les autres.

Vous entendez mon argument concernant votre phrase sur TF1 quand je dis que pour les gens qui nous écoutent, il s’agit d’un demi aveux ?

(rires) Non, il n’y a pas de demi aveux. Le journaliste devant qui j’étais au journal de TF1 m’a demandé « est-ce que vous serez candidat ? » et j’ai dit « oui, il le faudra ». Ce n’est pas à moitié, ce n’est pas pour faire semblant, c’est simplement que ça n’est pas le moment de démarrer la campagne présidentielle. Cela se fait en son temps, mais bien évidemment, c’est une nécessité que d’offrir à la France un autre projet et un autre chemin que ceux qu’elle a suivis jusqu’à maintenant, et qui sont selon moi déséquilibre et faiblesse.

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