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« Il faut montrer au monde que l’euro est une forteresse »

François Bayrou, invité d’Europe 1 mercredi 20 juillet, a estimé que la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel prévue mercredi à Berlin est « un rendez-vous monté en urgence qui montre la gravité de la situation » et « les divergences » entre responsables européens sur cette question. Il a appelé à ce que ceux-ci « se décident à trouver un mécanisme de longue durée qui concerne tous les pays » et rassurent sur le fait que « la zone euro demeure solidaire ».

Pour regarder la vidéo de l’interview, cliquer ici


Europe 1 : L’actualité c’est la crise de l’euro : le rendez-vous de dernière minute Merkel-Sarkozy aujourd’hui à Berlin vous rassure-t-il ? Le président prend-il la mesure de l’enjeu ?

François Bayrou : C’est un rendez-vous monté en urgence qui montre la gravité de la situation et qui montre aussi que les principaux responsables européens ne sont pas sur la même ligne. Alors ce qu’il faut, c’est voir l’importance de ce qui est en train de se jouer. Tout le monde dit qu’il s’agit de la Grèce, qu’il faut sortir la Grèce de la difficulté. Il ne s’agit pas de la Grèce, ou que secondairement. Il s’agit de nous, il s’agit des pays qui ont l’euro en partage et qui sont endettés, comme la France.

La question c’est d’abord de savoir si l’on va être solidaire vis à vis de la dette de la Grèce.

Je crois que c’est une question qui vient après. La première question c’est : voulons-nous sauver la crédibilité de l’euro ? Il faut suivre le raisonnement : qu’est ce qui frappe quand on regarde aujourd’hui les pays de la zone euro ? Ce qui frappe, c’est la montagne de dettes qui les écrase. La France est endettée de 1 700 milliards, c’est-à-dire mille sept cents fois mille millions. Et ce n’est pas en dessous de l’Italie, c’est au-dessus de l’Espagne, et l’Italie n’a plus de déficit principal.
Cette montagne de dettes qui nous écrase, pourquoi est-elle a peu près supportable encore ? Parce que les taux d’intérêt auxquels tous les jours nous empruntons. Il faut savoir que nous empruntons pour payer cette montagne de dette un milliard d’euros par jour. Nous pouvons supporter cela parce que les taux d’intérêts sont extrêmement bas, au plus bas qu’ils ont été depuis très longtemps dans l’histoire : autour de 3 pour cent ou 3,5 pour cent. Et si jamais nous abandonnons un des pays de la zone euro, alors tous les pays vont être jugés comme fragiles et donc les taux d’intérêts vont exploser. Et s’ils explosent, nous ne pourrons plus assumer notre propre charge de la dette. Cela veut dire qu’il faut que les dirigeants européens, demain et aujourd’hui, se décident pour trouver un mécanisme de longue durée, qui concerne tous les pays et qui rassure tous les investisseurs du monde sur le fait que la zone euro demeurera solidaire quoi qu’il arrive. Plus nous laissons apparaître de fissures et plus nous rendons fragile la zone Euro.

Pour être plus concret, si je vous comprends bien, plutôt que de laisser la Grèce quitter l’Euro, il faut que tous ensemble, nous ayons une bouée de sauvetage commune pour payer la dette sur un plus long terme dans le but d’éviter de se noyer collectivement ?

Il faut que cette dette européenne, d’une manière ou d’une autre, nous la garantissions tous ensemble. En mutualisant une partie de la dette, c’est une idée que je défends depuis deux ans maintenant, en émettant des obligations européennes. Ce qui est très frappant est que l’Europe en tant que telle n’est pas endettée. Et donc la Banque Centrale européenne et la zone euro doivent prendre une décision qui ne soit pas une décision au coup par coup, pas au goutte à goutte, mais une décision d’ensemble pour que nous montrions au monde que l’euro est une forteresse, que l’euro n’est pas une barque dans laquelle on accepte une voie d’eau.

Faut-il créer, comme aux Etats-Unis, des bonds du trésor européens en quelque sorte, que les Chinois nous achèteraient ?

Ce que je décris là, ce n’est pas une hypothèse, c’est une certitude. D’ici quelques mois, d’ici quelques années au plus tard, les Européens auront décidé sous la pression des événements que leur monnaie, ils la défendraient ensemble et non pas chacun dans son coin.

Pourquoi ne le fait-on pas aujourd’hui ? Pourquoi est-ce si compliqué de voir la France et l’Allemagne s’entendre, les 27 s’entendre ? Angela Merkel dit : « Il ne faut rien attendre de spectaculaire de ce sommet qui va commencer demain ».

On ne le fait pas aujourd’hui parce que depuis trop longtemps, en Europe, c’est le chacun pour soi qui l’emporte. Et c’est même plus que ça, c’est le fantasme que les autres ont leurs propres affaires et que nous, nous avons nos propres intérêts. Or, il se trouve que ces intérêts sont communs. Tant qu’on ne comprendra pas que c’est ensemble que l’on défend le bien qui nous appartient à tous, qu’on défend la monnaie qui nous permet d’exister et qui nous sauve de la dette écrasante que nous avons laissé se créer de manière laxiste, on ne comprendra pas l’enjeu qui est devant nous.

Donc ce rendez-vous que le Président a à Berlin vous rassure-t-il ? Est-ce à la hauteur de l’enjeu ?

Je ne porte pas de jugement sur ce sujet, d’abord parce qu’on ne sait pas où ils en sont. Une des choses que j’ai regrettées est que le Président ne s’exprime pas devant le pays pour dire ce genre de choses, qu’on soit comme ça avec des points d’interrogations et pas avec des certitudes sur l’attitude la France. Ça vient aussi du fait qu’ils ne savent pas où ils vont finir, donc chacun essaye d’apporter sa pierre, c’est en désordre, et le désordre crée de l’angoisse et l’angoisse crée de la spéculation.

Vous assistiez hier aux Invalides à l’hommage rendu aux soldats tués en Afghanistan. Que pensez-vous de la situation de nos troupes là-bas ? Est-ce qu’il faut rentrer plus vite comme le dit Martine Aubry, au plus tard fin 2012 ?

D’abord, il y avait sept jeunes hommes qui avaient trouvé la mort et c’est la moindre des choses que les responsables publics du pays se réunissent autour de leur famille. Parce qu’il y a d’immenses émotions, chagrins et donc besoin de solidarité. J’ai trouvé ce geste bienvenu. Je rappelle que ce que nous faisons en Afghanistan a été décidé par un gouvernement socialiste alors que Jacques Chirac était président de la République, c’est-à-dire par, au fond, l’ensemble des courants politiques français. Ce que nous faisons en Afghanistan n’est pas une aventure. Nous avons décidé d’aller en Afghanistan pour empêcher le terrorisme international et les trafics de drogues, d’avoir une plate-forme à partir de laquelle ils pourraient mettre le monde en danger.

Puisque les Talibans semblent avoir gagné, faut-il rentrer plus tôt ?

Cette manière de baisser les bras, à mon avis, n’est pas acceptable et n’est pas juste. Les Talibans n’ont pas gagné, nous avons fait des progrès mais c’est un pays immense dans lequel les forces qui sont hostiles à la démocratie et à la liberté ont une place immense parce qu’elles ont des ressources immenses, en particulier grâce aux trafics de drogues.

On ne vous a pas entendu au moment de la polémique militaire du 14 juillet ?

S’il faut qu’on use sa salive à commenter toutes les bêtises qui vont être dites pendant une campagne présidentielle on risque d’être rapidement la bouche sèche. Franchement une déclaration contre le défilé du 14 juillet le jour même où l’on perd sept jeunes hommes c’est un peu attristant et je dois dire que critiquer Eva Joly sur ses origines n’étaient pas non plus la chose la mieux trouvée mais je suis sur que François Fillon le sait.

On parlait de l’euro, de l’Europe, ce sont des thèmes de l’ADN du centre, alors le centre, c’est vous c’est Jean-Louis Borloo ? Votre duel va laminer le centre.

Il n’y a pas de duel contrairement à ce que vous annonciez à l’ouverture de cet entretien. La question qui se pose, c’est : est-ce qu’on a un projet, un plan pour la France. Est-ce que ce plan est différent de la majorité actuelle ? C’est mon cas. On ne sait pas très bien où se trouve Jean-Louis Borloo ; à l’intérieur, à l’extérieur ? Quand on ne sait pas, si c’est dedans ou dehors, on n’a pas de réponse à la question. La seule question qui se pose c’est : est-ce qu’on peut sortir la France de la situation d’enlisement presque désespérée dans laquelle elle se trouve ? Peut-on faire en sorte que la France ressaisisse ses forces et avance. Et c’est à cette question qu’on jugera quel est le projet et la réponse du centre ?

Vous n’avez jamais songé à marier le MoDem avec la nouvelle Alliance Centriste de Borloo ?

Je ne veux pas entrer dans le panier de crabes. Tout le monde à l’intérieur s’entre-dévore ou cherche à se dévorer. Je ne suis pas dans ce jeu. La seule question qui me porte, c’est : est-ce qu’on peut proposer autre chose ? Pour le reste, les citoyens verront très bien la différence entre ce qui est original et fort et ce qui est des jeux politiques.

Quand direz-vous que vous êtes candidat pour 2012 ?

En tout cas ce ne sera pas aujourd’hui. L’élection de 2012 est une élection essentielle pour l’avenir du pays et je dirai ce qu’est ma vision de cet avenir pour que les Français s’y retrouvent. Aujourd’hui, il y a un tel bazar dans la vie politique qu’on ne sait plus quelles sont les lignes, quels sont les axes, où on va. J’essaierai de mettre la clarté maximum dans ce brouillard. Je m’exprimerai pour que les Français sachent quelles sont les questions et où l’on va.

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