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Université Populaire avec Jacques Attali : « On ne fait pas ce qu’on devrait faire parce qu’on n’a pas conscience de la menace »

Jacques Attali était l’invité de François Bayrou et du Mouvement Démocrate, pour la 10e session de l’Université populaire. L’économiste et écrivain est revenu sur les conclusions de la Commission pour la libération de la croissance et ses préconisations pour redonner à la France une ambition pour dix ans.

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« En matière de théorie économique, le seul point de départ possible, c’est la crise, » a déclaré Jacques Attali. C’est donc sur la situation de la Grèce, question d’une actualité brûlante, que l’économiste a démarré son intervention. Il a d’abord souligné un paradoxe criant : le monde connaît une croissance et une perspective de croissance sans précédent, soutenues par une hausse continue de l’espérance de vie, de l’urbanisation, du progrès technique ; pourtant, les peuples ont l’impression que cela ne fonctionne pas.

La valeur qui l’a emporté ou qui est en train de l’emporter dans le monde est celle de la liberté individuelle, que symbolise en politique et en économie le triomphe de la démocratie et du marché, dans le cadre d’une dynamique qui s’auto-entretient, et qui se généralise, comme le montrent les évolutions récentes en Egypte, en Tunisie ou en Chine.

L’Occident souffre d’une fatigue par rapport au développement. La crise mondiale de 2008-2010, partie de la crise des subprimes, était à prévoir. Les mesures prises pour la contrer se sont soldées par un transfert des dettes privées vers la dette publique des Etats. L’Etat se retrouve dans une position de faiblesse extrême, ne pouvant, politiquement, ni augmenter les impôts, ni faire baisser les dépenses pour résorber cet endettement.

Face à la crise, l’attitude consiste le plus souvent à s’écrier « Pas ça, pas moi, pas maintenant », et ce faisant à retarder l’échéance, le moment de payer cette dette. A cet égard, les sommets du G20, que Jacques Attali surnomme le « G vain », lui apparaissent comme des réunions d’Alcooliques anonymes qui se promettent de ne plus boire et fêtent ça autour d’un dernier verre…

Jacques Attali a dressé un parallèle entre gouvernance européenne et gouvernance mondiale : la crise européenne est révélatrice de ce qu’on pourrait vivre à l’échelle planétaire. Aujourd’hui, la zone euro se trouve dans l’impasse : en prenant la décision de faire la monnaie unique, les dirigeants européens savaient que celui-ci ne durerait et ne serait viable que si on mettait en place un fédéralisme budgétaire, en raison des différences de compétitivité. L’élargissement à l’est a rendu les choses ingérables. « Sans un Ministre des Finances européen et sans fédéralisme budgétaire, l’euro est mort. »

Pour mettre en place ce fédéralisme budgétaire, il faudrait mettre en commun à l’échelle européenne une partie des dettes publiques et établir les conditions de transferts de souveraineté. L’UE étant la seule puissance continentale à ne pas avoir de dette, elle a un grand potentiel d’emprunt.

La situation actuelle de la Grèce rappelle à Jacques Attali un autre « moment de vérité », survenu le 26 juin 1790, lorsque, les douze provinces des Etats-Unis étant au bord de la faillite, la décision fut prise par Jefferson, Hamilton et Madison, de mettre en place un budget fédéral. « Les colonies américaines étaient très endettées et se sont rassemblées avec une capitale et une banque fédérales. »

Paradoxe là aussi, l’Europe a tous les moyens d’être la grande puissance de demain : son potentiel de développement est gigantesque.

Le modèle fondé sur le couple marché / démocratie n’est pas parfait, mais il n’y a pas mieux. « Un marché, pour être un marché pur et parfait, doit absolument faire respecter le droit de propriété. » Mais il se heurte à une contradiction majeure : tandis que le marché par nature n’a pas de frontières, la démocratie a des frontières en termes de territoires et de compétences.

« Il y a un pays qui n’a pas d’Etat depuis 15 ans : la Somalie. C’est ici que règne l’absence totale de toutes règles. » Et le monde est en fait dans un processus de « somalisation » : à l’exemple de ce pays, livré aux trafiquants de drogue, aux criminels et aux mafias en tous genres.

La situation actuelle possède d’étonnantes similarités avec celle de 1910 : l’Europe était alors en plein optimisme, portée par le progrès technique, l’intégration des nations, les débuts de démocratie ; le monde venait de connaître une crise financière, qui s’était soldée par un transfert de pouvoir entre Grande-Bretagne et Etats-Unis ; le monde connaissait aussi la haine raciale, le rejet de l’étranger, et le terrorisme. En choisissant le protectionnisme, les Etats européens allaient connaître la barbarie, pendant 35, voire 60 ans. A l’époque, personne ne connaissait les Staline, Hitler, et Mussolini ; mais aujourd’hui, il y a aussi des hommes qui viendront et s’empareront du pouvoir si la démocratie fait faillite.

« L’Europe et le monde peuvent s’effondrer. La parole est maintenant à la politique. »

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