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« Le grand atout de François Bayrou est d’être constant : il n’a jamais dévié de son positionnement »

Yann Wehrling, porte-parole du Mouvement Démocrate et responsable de l’Environnement au sein du Shadow Cabinet, était l’invité du Blog Politique sur LCI, jeudi 19 mai.

Il est revenu sur la situation politique en France, notamment l’émergence d’une « deuxième droite » au sein de la majorité présidentielle.
Une primaire va bientôt avoir lieu au sein d’Europe Écologie-Les Verts entre Eva Joly et Nicolas Hulot. Ce dernier aurait-il pu être votre candidat?

J’ai beaucoup de sympathie pour Nicolas Hulot, il défend effectivement beaucoup d’idées que je défends. Mais il y a maintenant la question de savoir qui nous voulons voir à l’Élysée. Personnellement, je pense que l’élection présidentielle est une élection qui a sa particularité et qui est difficile pour les écologistes en général. Je crois qu’il faut être sur des choix beaucoup plus fondamentaux et beaucoup plus larges qu’uniquement la question de l’écologie.

C’est trop réducteur?

Je pense qu’il faut aller au-delà de l’écologie, qui est très importante certes, mais au-delà de cela il y a aussi la question qui est interne aux écologistes depuis des années : veulent-ils, et là nous serions peut-être d’accord, construire quelque chose qui est une alternative à l’alternance entre le Parti Socialiste et l’UMP ? Ou bien vont-ils encore à cette élection pour ne permettre qu’une fois de plus l’élection d’un socialiste à la présidentielle ? Ce n’est pas notre option, c’est la leur, et c’est une différence importante.

Avec Fukushima, est-ce que vous avez réussi à porter au sein du MoDem, qui est un parti qui est grosso modo pour le nucléaire, une volonté d’aller maintenant vers la sortie du tout nucléaire?

Au MoDem, tout comme dans la société française, ce qu’il s’est passé à Fukushima a eu un impact. On s’est rendu compte que dans des pays très développés comme le Japon, les risques du nucléaire étaient réels et pouvaient avoir des conséquences très fortes. Aujourd’hui, la position de notre parti est qu’il faut renforcer la sécurité et effectuer les fameux crash-tests européens qui patinent complètement, du fait de la France qui ne veut pas qu’on mette le nez dans ses affaires.
Et puis à terme, nous avons la volonté de mettre en place un mix énergétique ; c’est complètement nécessaire, et le Mouvement Démocrate en est convaincu. Nous ne pouvons pas continuer à fonctionner avec une position nucléaire à 80 pour cent comme c’est le cas actuellement. On doit nécessairement réduire cette dépendance au nucléaire, pour courir moins de risques, mais aussi pour enfin permettre le développement de la recherche dans les énergies renouvelables et les économies d’énergie.

L’avenir judiciaire de Dominique Strauss-Kahn est encore incertain, mais son avenir politique est clair ; il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle. Est-ce que c’est une fenêtre qui s’ouvre pour le parti de François Bayrou?

Dans ce genre de cas de figure, et nous sommes encore à chaud, nous n’avons pas envie d’être dans une logique d’opportunisme par rapport à tout cela. Penser que cela nous serait bénéfique ou que cela serait bénéfique à d’autres : on n’en sait rien. D’ailleurs, la leçon que l’on peut tirer de ce qu’il s’est passé, c’est que l’on ne peut plus rien prévoir, et s’attendre à tout.

Même s’attendre à François Bayrou à l’élection présidentielle?

Oui, pourquoi pas ? Je disais tout à l’heure qu’il fallait réfléchir à qui peut devenir président de la République. Cette lecture peut s’appliquer à tous les candidats qui s’annoncent aujourd’hui. Mais maintenant, si vous vous demandez « qui peut être élu ? », cela traduit un sacré écrémage ; on a pu le voir dans les années précédentes, François Bayrou fait partie des gens qui peuvent être élus et qui peuvent être de bons présidents de la République.

Concernant DSK, est-ce que vous avez été choqué par les images de l’arrestation ou du procès, diffusées par les médias?

Il s’agit d’un autre pays ; aux États-Unis, la façon de traiter les affaires judiciaires n’est pas la même qu’en France. La justice américaine est très violente, nous n’y sommes pas habitué.

D’autant que pour l’instant il s’agissait uniquement de la phase à charge.

Oui, et on ne sait pas encore ce qu’il s’est passé, on est encore dans le doute. Je trouve que lorsque l’on a entendu l’annonce en France, on est allé un peu trop vite défendre la présomption d’innocence, en oubliant qu’il y avait peut-être pour la victime une présomption de réalité de ce qu’elle disait. N’oublions donc pas la victime dans cette affaire ; peut-être qu’elle a raison, et si c’est le cas, ce serait terrible.

DSK était peut-être votre candidat préféré, ou en tout cas celui qui était le plus proche de vos idées, et donc peut-être le plus handicapant?

Dans le paysage politique, il y a des gens, à droite comme à gauche, qui ont une vision plutôt raisonnable des choses avec lesquels nous pensons pouvoir travailler. Effectivement, des personnes comme DSK ou même François Hollande sont des gens avec lesquels nous avons certainement des proximités. Mais ce que je constate aujourd’hui, c’est que les deux camps, PS et UMP, sont dans une logique de camp contre camp, et ne sont pas dans une logique de rassemblement entre les personnes de bonne volonté qui peuvent travailler ensemble. Ils resteront durablement dans le fait de donner des cautions aux extrêmes qui les conduit à être dans une logique non-réformiste, contrairement à nous.

François Hollande représente donc plus la famille politique de DSK que de Martine Aubry?

A condition qu’il réussisse lui aussi à se défaire des cautions qu’il donne aux extrêmes et aux radicaux. On est dans une logique présidentielle ou les camps veulent s’affronter les uns contre les autres et on donnera des cautions aux extrêmes. Nous serons certainement les seuls à essayer de construire quelque chose au centre qui rassemble tous les réformistes de ce pays, et pas les radicaux.

Serez-vous porte-parole du candidat Bayrou à l’élection présidentielle?

On n’en est pas là. On a décidé de construire notre programme et notre projet durant l’année en cours. A la fin de l’année 2011, on annoncera les dispositifs qui seront ceux de notre campagne électorale.

D’ailleurs, tous les partis élaborent leur programme et le font connaître. Quand est-ce que l’on connaîtra le programme du MoDem?

On est d’abord en train aujourd’hui d’opérer un diagnostic ; pour proposer des choses, il faut d’abord voir ce qu’il se passe dans ce pays. Nous sommes en train d’auditionner, d’entendre et de voir tous les acteurs. Nous en voyons beaucoup, nous en sommes à plus d’une centaine d’entretiens, avec tous les corps qui existent aujourd’hui dans notre pays (syndicats, associations, experts, etc…). Nous le faisons dans la discrétion, il ne s’agit pas d’en faire publicité à chaque fois. A l’issue de cela, nous examinerons avec pragmatisme ce qui est le mieux pour notre pays.
En tout cas, ce sur quoi j’insiste beaucoup est que nous avons besoin de réformisme dans notre pays, arrêter de faire de la démagogie, parler vrai aux Français. Tout ceci est beaucoup plus compliqué que de sortir des petites phrases ici ou là, qui font office de programme et qui n’en sont pas.

Est-ce que vous avez un doute sur la candidature de François Bayrou?

Non, moi je n’en ai pas. Mais il voudra prendre sa décision tranquillement d’ici la fin de l’année. Je crois effectivement que c’est raisonnable de ne pas précipiter les choses ; on voit justement à quel point tout est mouvant, dans tous les sens. Nous, nous avançons avec constance, pas à pas, vers cette échéance, et notre calendrier est d’annoncer les choses pour la candidature de François Bayrou à la fin de l’année.

La semaine dernière c’était le congrès du Parti Radical annonçait qu’il quittait l’UMP, était-ce une mauvaise nouvelle pour vous?

Il quitte l’UMP mais il ne quitte pas la majorité, c’est quand même l’information la plus importante. Les principaux leaders qui viennent de se réunir étaient tous dans le gouvernement pour la plupart il y a encore environ un an. S’ils y étaient encore, je doute qu’ils seraient aujourd’hui en train de construire quelque chose qui serait de l’ordre d’une démarche pour l’élection présidentielle. Il y a donc quelque chose de l’ordre du dépit dans ce qu’ils font
C’est dommage parce qu’ils s’adressent aujourd’hui à un électorat qui, c’est vrai, est un électorat qui aspire à autre chose aujourd’hui qu’à une alternance entre l’UMP et le PS, mais on l’entend bien, que ce soit la candidature d’Hervé Morin, Jean-Louis Borloo ou je ne sais qui de cette famille là, cette candidature a pour vocation de reconduire la majorité actuelle.

De reconstituer plutôt l’ancienne UDF non ? Une alternative à droite?

Je ne crois pas qu’ils veuillent reconstruire l’ancienne UDF, mais ils veulent en effet constituer une alternative à droite, c’est ce qu’ils disent. Mais quand on dit « il y a plusieurs candidatures au centre », nous le contestons : il y a plusieurs candidatures dans la majorité.

Mais François Bayrou n’aurait-il pas pu capter cet électorat-là qui va plutôt aller vers une candidature Borloo?

D’abord, nous verrons s’il y a effectivement une candidature Borloo ou non. Ce que nous, nous constatons aujourd’hui, c’est que, en faisant de la prospective sur les sondages, l’addition de ceux qui se revendiquent aujourd’hui du centre compose un électorat qui est voisin de ce que fait le candidat Nicolas Sarkozy, le candidat socialiste ou Marine Le Pen peuvent faire. Il faut donc pour nous être le peloton de tête. Le tout est de réussir à être crédible et sincère vis-à-vis des électeurs.

Mais pour ça est-ce que vous souhaitez que François Bayrou et Jean-Louis Borloo se rencontrent ? Ce n’est pas une question d’homme, c’est une question d’abord de positionnement et de clarté. Si l’objectif de cette confédération des centres est de dire qu’ils veulent une alternative au centre, qu’ils ne sont pas fermés à l’idée de travailler avec des gens de centre-gauche aussi, là nous pouvons discuter ensemble. Mais si leur objectif est la réélection de Nicolas Sarkozy, il y a une vraie différence entre nous.
Pour le moment, le seul candidat vraiment au centre est François Bayrou.

Est-ce qu’on entend un petit peu moins François Bayrou parce qu’il ne sait pas précisément quel va être son axe de campagne?

La donne est considérablement changée s’il y a une alternative droite centriste de Jean-Louis Borloo ou s’il n’y en a pas. Le grand atout de François Bayrou est d’être constant et de n’avoir jamais dévié de son positionnement, qui est celui de dire qu’il faut construire quelque chose qui évite l’éternel clivage droite-gauche qui permet de construire autre chose.

Mais ça n’a pourtant jamais marché?

Ça a failli marcher, et ça peut marcher, parce que le potentiel électoral est là, l’envie d’un électorat puissant est là. Le tout est de réussir à faire une offre qui soit sincère et c’est ce sur quoi nous travaillons.

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