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Les politiques ont-ils perdu le sens moral ?

Jean-Luc Bennahmias, député européen et vice-président du Mouvement Démocrate, a rédigé une tribune pour l’hebdomadaire Témoignage Chrétien, publiée début mai et consacrée au sens moral en politique.

Découvrez son texte en intégralité !

« Les cas de corruption découverts récemment au Parlement européen sont les derniers exemples en date qui mettent à mal la moralité parlementaire. Quatre (à ce jour) députés européens se sont fait piéger par des journalistes du Sunday Times -se faisant passer pour des lobbyistes, ces journalistes ont proposé de l’argent à plusieurs députés en échange d’amendements déposés au Parlement.

Les « affaires », comme on les appelle, affectent tous les niveaux : des affaires marseillaises aux cas de corruption du Parlement européen, en passant par l’affaire Woerth-Bettencourt, les exemples abondent dans le sens d’une perte de « sens moral », sous entendu une perte de valeurs et de repères moraux chez les politiques. Défense des intérêts privés avant l’intérêt général, gaspillages d’argent public, conflits d’intérêts divers et variés, voire corruption, tels sont les stigmates de cette absence de sens moral.

Les affaires nourrissent un sentiment de suspicion généralisée envers la classe politique, accusée d’user de la morale comme d’un joli concept de discours mais dont la mention n’est suivie d’aucun effet concret. Cette suspicion conduit rapidement au discours du « tous pourris » : à voir aujourd’hui le débat sur le Parlement européen qui se pose dans les termes suivants : cette affaire de corruption est-elle le fait de quelques brebis égarées ou est-elle généralisée? La généralisation est un écueil assez systématique ; il faut pourtant rappeler ici que la grande majorité des députés européens, dont je fais partie, fait son travail honnêtement et que ces cas de corruption ne représentent en rien les 736 députés de l’institution. Mais peu importe, le mal est fait, le doute s’est installé. Peut-on reprocher aux citoyens cette suspicion, eux qui voient depuis des années, les « affaires » se multiplier ? En effet, la perte de repères moraux ne date pas d’aujourd’hui ; qu’on pense un instant aux affaires ayant secoué le RPR, les emplois fictifs et notamment les emplois de la mairie de Paris…

Il ne s’agit pas non plus d’un problème qui serait uniquement français : outre le parlement européen, le parlement Britannique a lui aussi été récemment ébranlé par l’affaire des dépenses de ses députés. Cependant en France, la désillusion est peut-être encore plus grande, N.Sarkozy ayant fait campagne en 2007 sur la république irréprochable…Or, depuis, plusieurs ministres ont été contraints à la démission du fait de scandales ayant trait à l’usage des deniers publics à des fins privées (utilisation d’un jet privé ou achat de cigares sur les frais du contribuable) sans compter un ministre de l’intérieur condamné pour injures raciales et atteinte à la présomption d’innocence qui est pourtant resté de longs mois au gouvernement.

L’enjeu est dans le rétablissement de la responsabilité – et pas seulement en politique, mais aussi dans les sphères économiques et financières. Car la perte de sens moral, qui va de pair avec l’irresponsabilité et l’oubli de l’intérêt général, n’est pas l’apanage des politiques, elle touche toutes les sphères et en particulier celle de l’économie virtuelle. Or les sphères politique, économique et financière sont intimement liées. Que la perte de moralité soit une cause ou une conséquence de leurs liens étroits, peu importe, ce que nous pouvons dire c’est que la collusion de ces deux mondes est un facteur aggravant de la perte de sens moral.

Alors que le monde de la finance a dédouané tous ses acteurs de leurs responsabilités « après la crise », que l’on vient d’apprendre que Goldman Sachs avait renoué avec les bonus, que ceux qui étaient aux manettes et qui ont prôné la dérégulation ayant conduit à la crise, sont encore aujourd’hui aux responsabilités, aux Etats-Unis comme en Europe (on songe en effet à mettre à la tête de la BCE, un italien, ancien de chez Goldman Sachs…), c’est une évidence que ce monde là n’a pas – et c’est un euphémisme- retrouvé le moindre sens moral depuis la crise !

Les citoyens ont perdu confiance ; à l’évidence la crise économique, financière et politique que nous vivons encore aujourd’hui, n’a rien changé. Convaincre les citoyens qu’il existe des hommes et des femmes politiques qui défendent l’intérêt général, rétablir la responsabilité de tous et la comparution des fautifs devant la justice de manière rapide et systématique: autant de défis de taille qui sont aussi immenses qu’indispensables à relever. Les conditions du sursaut passent par là ! »

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